Publicité
Publicité

Don et contre-don : le business model du 21ème siècle ?

Vous êtes-vous jamais rendu chez votre boulanger pour lui demander une baguette et repartir sans payer en lui précisant que dès qu’il aura besoin d’un coup de main dans votre spécialité vous lui rendrez la pareille ?

Le troc dépassé et le trading risqué

Tous les économistes en mal de prix Nobel (qui en économie n’existe pas puisque délivré par la Banque centrale de Suède qui en usurpe la renommée !) vous le démontreront : le troc est une affaire de sociétés archaïques. Après l’invention de la monnaie, puis de la lettre de change, le « trading » à haut fréquence est le summum d’un système qui  se permet toutes les audaces, un peu trop comme on le voit, et surtout le subit, depuis la chute de Lehman Brothers. Que d’autre part, ces mêmes audaces sont l’un des principaux moteurs du développement industriel  du milieu du 18ème siècle au Royaume-Uni et qui a fabuleusement décollé depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Alors que faire ? Seul l’argent attire l’argent, l’Etat providence est en faillite et personne ne comprend plus grand chose à ce qui pourrait générer de la croissance et de l’emploi. Il serait bien amusant de compiler et passer au tamis de la réalité les écrits des beaux penseurs qui dans la dernière décennie du 20ème siècle avaient prophétisé et même modélisé la fin du travail, l’économie du tout (ou presque) gratuit et autres fadaises qui montrent bien que l’économie n’est pas et ne sera jamais une science « dure ». Ni une science autonome, déconnectée de l’histoire.

PUBLICITE

La triple obligation de donner-recevoir-rendre

Subitement – en tous les cas pour ce qui me concerne – réapparait un concept issu de l’anthropologie et des premiers travaux de sociologie, datant des premières années du 19ième siècle, avec les recherches d’un certain Marcel Mauss (1872-1950).  L’une de ses  rares monographies : « Essai sur le don. Forme et raison de l’échange dans les sociétés archaïques », parue en 1923-1924 dans l’Année Sociologique est son texte le plus célèbre. À l’aide d’exemples empruntés à des sociétés diverses, il montre que le don est obligatoirement suivi d’un contre-don selon des codes préétablis. Dons et contre-dons, articulés autour de la triple obligation de donner-recevoir-rendre, créent un état de dépendance qui autorise la recréation permanente du lien social (source : Wikisource, article « Essai sur le Don »), qui selon Mauss porte « à la fois sur le régime du droit contractuel et sur le système des prestations économiques entre les diverses sections ou sous-groupes dont se composent les sociétés dites primitives.» (source : Wikisource, article « Essai sur le Don »).  Il s’agit donc de social et d’économie. Le bien échangé est finalement le prétexte au lien qu’il crée et renforce dans la triple obligation de donner-recevoir-rendre.

PUBLICITE

Spéculation et création de richesse

Au moment où la finance ne fonctionne plus que pour elle – devenue simple jeu de casino voire gangstérisme –  déconnectée de l’économie réelle qui elle produit les biens, ne serait-il pas utile de repenser les mécanismes de l’interaction entre acteurs économiques ? Il ne s’agit pa s d’abolir la monnaie, le système bancaire, et les bourses ni des outils  d’une allocation efficace, mais équitable, des ressources. Une combinaison astucieuse des règles économiques et de l’esprit de collaboration de la  triple obligation de donner-recevoir-rendre ne serait-elle pas une solution au financement des entrepreneurs de notre siècle ? Un monde où comme le décrivait Alain Peyrefitte dans « La société de confiance : Essais sur les origines du développement » l’économie a autant besoin de confiance, de saine collaboration, que de Business Plan et autres outils de « sur-performeurs » du CAC 40 ou du Nasdaq. Il est  bien plus difficile de maîtriser le facteur humain du développement économique que les règles comptables et autres mécanismes financiers.

Une économie apaisée par la collaboration

Les acteurs économiques doivent cesser de concevoir la croissance de l’entreprise uniquement au travers du prisme déformant de la finance. Lorsque je ne peux pas, ou ne souhaite pas (notamment pour des raisons de risque), tout financer alors je peux tout simplement collaborer en appliquant la méthode de la triple obligation de donner-recevoir-rendre avec des acteurs bien sélectionnés et qui me sont complémentaires. En l’occurrence le « bien » que je donne est une expertise, un savoir-faire, un accès au marché, une technologie, etc. qui astucieusement combiné avec ceux que mes partenaires me fournissent en retour renforce le « lien » qui par effet boule de neige augmente entre nous le niveau de confiance. Ce qui aura pour effet de  « fluidifier »  toujours un peu plus la relation et la création de richesses. Plus besoin de prêts, de dettes, de jeux de casino, mais au contraire une économie apaisée où, via la collaboration, les acteurs économiques peuvent aussi se procurer les briques que nécessite le projet qu’ils ont en tête de réaliser. Nous devons avancer à pas comptés, laisser à chacun le temps de s’adapter et de trouver sa place dans un nouveau mode d’interaction économique. Enfin la collaboration entre acteurs économiques a ses règles et ses facteurs clé de succès qu’il est dangereux de transgresser,  la confiance se construit lentement et se perd en quelques secondes.

Gratuit : recevez les Newsletters

4 réactions

  1. Adeline bandela

    13 novembre 2013 à 20 h 52 min

    Une autre forme d’entraide, d’échange? Dans les quartiers, pourquoi pas !

  2. Jennifer Boukris

    7 novembre 2013 à 17 h 08 min

    A lire ou relire : « La Grande Transformation » de l’économiste hongrois Karl Polanyi. Une oeuvre visionnaire qui a retrouvé un nouveau souffle avec l’essor de l’économie solidaire et qui apporte un éclairage passionnant sur ces questions de don, contre-don, redistribution…

    • Pascal Goursaud

      12 novembre 2013 à 23 h 11 min

      Jennifer, merci pour votre commentaire. Je ne connais pas l’oeuvre de Karl Polanyi, mais je vais de ce pas y jeter un oeil car le sujet de la collaboration inter-entreprises, permettant de moins dépendre du capitalisme de casino que nous connaissons maintenant est majeur pour la survie de nos entreprises. Qui plus est ce modèle favorise l’innovation grâce à la diversité d’horizon des acteurs qu’il permet de rassembler sur un même projet. Cordialement.

  3. Eric Lamirande

    7 novembre 2013 à 16 h 06 min

    Et au Québec, il existe dans cette lignée, ce qu’on appelle les Accorderies: il s’agit d’un système qui permet aux membres (les AccordeurEs) de s’échanger des services de toutes sortes, sous le signe de l’entraide et de la coopération. Il y a plusieurs Accorderies au Québec (voir la liste), regroupées au sein du Réseau Accorderie. Leur nombre est en croissance depuis 2007. http://accorderie.ca/

Réagissez à cet article

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

0
0
0

Abonnez-vous GRATUITEMENT aux digests du magazine.
[Modifiez à tout moment la fréquence de réception ou annulation ]

x