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Le statut cadre : chronique d’une mort annoncée !?

Dans les années 70, 5 % des actifs travaillaient sous le statut cadre en France, et déjà certains annonçaient sa fin prochaine. Jugé trop clivant, symbole d’une organisation duelle cols blancs/cols bleus, le statut cadre a affronté critiques, tempêtes et menaces. Il a résisté et s’est ancré dans le paysage français en se démocratisant. Aujourd’hui, les cadres représentent 15 % de la population active, et une nouvelle menace pointe à l’horizon avec la suppression de l’AGIRC, la caisse complémentaire de retraite, annoncée pour le 1er janvier 2019. Le statut cadre : chronique d’une mort annoncée !?

De l’admiration
à la banalisation

Statut admiré, envié, revendiqué, perçu comme un aboutissement de carrière, le cadre occupe historiquement un poste à responsabilité au sein de l’entreprise. Aujourd’hui il n’est pas obligatoirement encadrant et n’est pas positionné dans les sphères de la direction – sauf le cadre dirigeant – ni parmi les intervenants dits « experts ». A l’heure de l’Europe et de la mondialisation, le mot le plus juste pour le désigner et le comparer aux systèmes anglo-saxons est sûrement celui de « manager », on le retrouve sous des vocables très variés  comme « Dirigente » « Executive », « Managerial and professional staff », « Cuadro », « Quadro »…. Il n’existe pas de définition commune à l’échelle internationale, même si la notion de cadre recouvre en général un actif de formation supérieure travaillant de façon autonome avec un certain pouvoir de décision et de commandement. Son salaire aussi est plus élevé en raison de sa fonction et de ses responsabilités, même si dans les faits sa place et son contenu varient d’une entreprise à l’autre, selon le secteur ou l’organigramme. Sur le plan juridique, la Convention collective nationale des cadres du 14 mars 1947 définit ce statut et son régime de prévoyance et de retraite complémentaire spécifique.

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43 % des cadres
sans responsabilité hiérarchique

Selon les statistiques du ministère du Travail, 43 % des cadres français n’ont  pas de responsabilité hiérarchique dans leur entreprise contre 28 % dans les années 90, et  53 % affirmeraient que « le statut-cadre ne veut plus dire grand-chose ». Dilué dans des organisations devenues plus transverses, moins descendantes, attribué plus que de raison, pour faire plaisir à bon compte, avec des positions diverses comme cadre dirigeant, supérieur, moyen (le middle management ), ou encore mieux, « assimilé cadre », proche de la catégorie des agents de maîtrise. Difficile d’avoir une idée stricte de la notion de cadre, tant sa dilution tue finalement le concept même, lui faisant perdre son lustre des années 2000/2010.

Les avantages du statut cadre

Le cadre jouit de conditions de travail spécifiques, comme le calcul de son temps de travail, une période d’essai, un préavis de démission ou de licenciement plus long  que celui du non-cadre, une représentation syndicale spécifique, un soutien de l’Apec, Association pour l’emploi des cadres, pour l’accompagner dans sa recherche d’emploi. Lorsque le temps de travail est considéré comme annuel, non mensualisé comme d’autres salariés, cette flexibilité lui offre l’avantage de concilier vie privée et vie professionnelle, mais d’avoir aussi des journées plus longues sans heures supplémentaires. Dans le même ordre d’idée, le cadre au forfait jour a en général moins de jours de RTT. Même si selon les conventions collectives ou les entreprises, des jours de congé supplémentaires peuvent lui être attribués, très souvent il ne peut pas en profiter tant sa charge de travail est absorbante. Autres avantages encore, la prévoyance, une couverture différente en matière de décès ou d’invalidité, et bien sûr la retraite.

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L’Agirc, dernier privilège
du cadre, disparaîtra en 2019

Avec cette banalisation, le statut perd de sa raison d’être. De plus en plus nombreux, les cols blanc sont dans une sorte de grisaille statutaire, de plus en plus d’actifs ayant une formation supérieure et les cadres de moins en moins de pouvoir encadrant au profit d’experts comme dans l’informatique et les nouvelles technologies. Nouveau coup dur pour le cadre, la fusion de l’Agirc avec l’ARCCO. La caisse de retraite complémentaire des cadres  lui réserve des droits plus avantageux que ceux l’ouvrier ou de l’employés… L’Agirc disparaîtra le 1er janvier 2019,  le cadre et le non cadre cotiseront à la même caisse, au sein d’un régime unifié qui concernera 22 millions d’actifs.  Ce qui s’apparente au dernier avantage dédié à la fonction du cadre, après la perte de son pouvoir effectif, va disparaître aussi. Même si aujourd’hui obtenir ce statut n’est plus vu comme le Saint-Graal, il reste prisé et symbolique, comme une forme de reconnaissance sociale.
La fusion de l’Agirc et de l’Arrco cumulera les réserves financières de deux caisses et les rendra a priori plus solides. Certains craignent la disparition du régime dédié aux cadres  et un éventuel  détricotage, annonçant une sorte de  tsunami social qui entraînerait  la disparition de l’Association pour l’emploi des cadres (Apec), et les couvertures de prévoyance. De nouvelles règles concernant la liquidation de la retraite doivent en effet être arrêtées pour le 1er janvier 2019. Heureusement, le système de retraite à la française est organisé autour de la gestion paritaire qui amène syndicats employeurs et salariés à trouver ensemble un modus vivendi. Gageons que ce paritarisme sera suffisamment efficace pour conserver ses avantages au statut cadre.

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