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Leadership : les 7 vertus de Mandela

Nelson Mandela crédit npa2009.org

Beaucoup a été écrit sur Nelson Mandela depuis son décès le 5 décembre dernier à 95 ans. Ce sont sur ses qualités d'homme et de leader exceptionnel qui a su renverser l'apartheid et créer une Afrique du Sud démocratique, que nous allons revenir en nous inspirant d'un article écrit en 2008 par Richard Stengel dans Time Magazine alors qu'il en était le directeur : Mandela : ses 8 leçons de leardership. Richard Stengel, qui a aidé Nelson Mandela à écrire sa biographie "Un long chemin vers la liberté", a également publié un livre sur Mandela où il met en avant 15 leçons de vie, d'amour et de courage à tirer de ce dernier*. Nous retenons pour notre part 7 vertus essentielles de Mandela en matière de leadership.

1 – Avoir une stratégie
et l’expliquer

C’est une stratégie de long terme sur laquelle Mandela n’a pas dévié d’un seul pouce tout au long de ses 27 années de prison à Robben Island :  obtenir le renversement du régime de l’apartheid et des élections démocratiques avec le principe d’un vote par homme. Seuls les moyens de l’obtenir ont changé. Lorsqu’en 1985 il décide d’abandonner la lutte armée et de négocier avec le gouvernement de l’apartheid, il convainc un par un ses compagnons de lutte que c’est la meilleure tactique. Celle-ci sera payante puisqu’il sera libéré en 1990 et qu’il obtient l’organisation d’élections démocratiques. Elu président en 1994, Mandela a ensuite le coup de génie de profiter de la Coupe du monde de rugby qui a lieu en Afrique du sud en 1995 pour rassembler noirs et blancs autour de l’équipe nationale considérée alors comme le symbole de l’apartheid. Il doit là aussi convaincre son propre camp très hostile à cette idée ainsi que le capitaine de l’équipe sud-africaine, François Pienaar (voir vidéo ci-dessous). Et cela marche ! Les Springbok remportent la coupe et deviennent le porte-drapeau de toute la nation.
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2 – Diriger depuis l’arrière

En tant que jeune garçon, Mandela a été considérablement influencé par Jongintaba, le roi tribal qui l’a élevé, explique Richard Stengel. Quand Jongintaba avait des réunions avec sa cour, les hommes se réunissaient en cercle, et seulement après que chacun ait parlé, le roi commençait à s’exprimer. Le travail du chef, disait Mandela, n’était pas de dire aux gens quoi faire, mais d’élaborer un consensus. Plus tard, Mandela convoquait souvent des réunions dans la cuisine de sa maison d’Houghton à Johannesburg. Il recevait une demi-douzaine d’hommes comme Cyril Ramaphosa ou Thabo Mbeki (devenu président de 1999 à 2008) et d’autres autour de la table de sa salle à manger. Certains de ses collègues lui criaient d’agir plus rapidement, d’être plus radical et Mandela écoutait simplement. Quand il finissait par parler lors de ces réunions, il récapitulait lentement et méthodiquement chacun des points de vue et alors déployait ses propres idées, orientant subtilement la décision dans la direction souhaitée sans l’imposer.
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3 – Connaitre ses ennemis

Connaitre son ennemi, apprendre à parler sa langue et savoir son sport favori : ce sont les principes qui ont été mis en oeuvre par Mandela tout au long de ses combats, souligne Richard Stengel. Dès les années 60, Mandela a commencé à étudier l’afrikaans, la langue des Africains blancs du sud qui ont créé l’apartheid. Ses camarades dans l’ANC l’ont critiqué à ce sujet, mais il a voulu comprendre le point de vue de l’Afrikaner ; il savait qu’un jour il les combattrait ou négocierait avec eux et que de toute façon son destin était lié à ceux des Africaners. C’était stratégique dans les deux sens : en parlant la langue de ses adversaires, il pouvait comprendre leurs forces et leurs faiblesses et formuler ainsi une tactique appropriée. Mais il se plaçait également dans les bonnes grâces de son ennemi.

4 – Gardez vos amis
près de vous et vos rivaux
encore plus près

Richard Stengel confie que « les invités de Mandela dans la maison qu’il avait construite dans Qunu, étaient des personnes en qui il n’avait pas complètement confiance. Il les invitait à dîner ; il les appelait pour les consulter ; il les flattait et leur donnait des cadeaux ». Mandela est un homme qui possède un charme considérable et il utilisait son charme encore plus avec ses rivaux qu’avec ses alliés. Sur l’île de Robben, Mandela intégrait toujours dans ses pensées des hommes qu’il n’aimait pas. Une personne dont il est devenu proche était Chris Hani, le fier chef de l’aile militaire de l’ANC. Certains pensaient que Hani conspirait contre Mandela, mais Mandela le mettait à l’aise. « Ce n’était pas seulement Hani » dit Ramaphosa., «C’était également de grands industriels, les familles de mineurs, l’opposition. Il prenait le téléphone et les appelait pour leurs anniversaires. Il allait aux enterrements des familles. Il voyait cela comme une opportunité.»

5 – Soigner son apparence

Mandela était grand et beau, un boxeur amateur qui se tenait avec la majesté du fils d’un chef, rapporte Richard Stengel. Nous oublions parfois le lien historique entre le leadership et l’aspect physique. La taille et la force ont plus à faire avec l’ADN qu’avec les manuels de leadership, et Mandela avait compris comment son aspect physique pouvait jouer en sa faveur. Quand Mandela travaillait pour la présidence en 1994, il savait que les symboles avaient également autant d’importance que la matière. Quand il était sur une tribune, il faisait toujours le toyi-toyi, la danse noire des banlieues et l’emblème de la lutte. Mais bien plus important était son sourire « brillant et total » selon Richard Stengel. Pour les Africains blancs du sud, le sourire a symbolisé le manque d’amertume de Mandela et sa bonne disposition vis à vis d’eux. Aux électeurs noirs il disait, je suis le guerrier heureux, et nous triompherons. Et c’est aussi ce sourire éclatant que l’on peut voir lorsque Mandela retrouve sur scène Johnny Clegg, interprétant « Asimbonangua » en son honneur. Mandela dit d’ailleurs à cette occasion que c’est la musique et la danse qui lui ont amené la paix avec le monde et avec lui-même (voir vidéo).
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6 –  Ne pas montrer sa peur

Mandela avait souvent peur au cours de son épreuve de Rivonia qui a conduit à son emprisonnement sur l’île de Robben. « Naturellement j’avais peur ! », a-t’il confié à Richard Stengel. Il aurait été irrationnel, a t-il dit, de ne pas l’être. « Je ne peux pas prétendre que je suis courageux et que je peux battre le monde entier. » Mais en tant que chef, vous ne pouvez pas le faire savoir aux autres. « Vous devez vous mettre en avant. » Et c’est précisément ce qu’il a appris à faire : feindre et, par l’acte d’apparaître courageux, inspirer les autres. C’était une scène que Mandela a perfectionné sur l’île de Robben, où il y avait beaucoup à craindre. Les prisonniers qui étaient avec lui disaient qu’ils l’observaient faire sa promenade dans la cour, droit et fier, et que cela était suffisant pour leur permettre de tenir pendant des jours. Il savait qu’il était un modèle pour d’autres, et cela lui a donné la force de vaincre sa propre peur.

7 – Rester simple et modeste

Les témoignages sont nombreux sur la modestie et la simplicité de Mandela. Il a toujours voulu mettre en avant le fait qu’il n’avait rien d’exceptionnel et n’aimait pas être traité en héros de la Nation. Une phrase résume cette posture : alors qu’il avait choisi de quitter le pouvoir en 1998 et de ne pas se représenter à la présidence (une décision peu commune dans l’histoire de l’Afrique), il a déclaré : « Je ne suis pas un messie, mais un homme ordinaire qui est devenu un leader en raison de circonstances extraordinaires. »
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* Mandela’s Way : Fifteen lessons on Life, Love and Courage, Richard Stengel. Nommé en septembre 2013 par le président Barak Obama à la tête de la diplomatie américaine (département d’Etat), Richard Stengel a gardé des connexions étroites avec l’Afrique du Sud puisqu’il est marié à Mary Pfaff, une Sud-africaine qu’il a rencontrée alors qu’il travaillait à la biographie de Nelson Mandela. Son fils aîné a pour parrain Mandela.

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3 réactions

  1. Olivier Chaillot

    3 janvier 2014 à 13 h 36 min

    Comme quoi, rien n’a beaucoup changé depuis Sun Tsu :):) Le processus stratégique est inchangé, seul l’environnement dans lequel la stratégie se déploie est contraignant … Le reste est affaire de valeurs, de volonté, de charisme, de vision, … des qualités qui ne sont pas données à tout le monde !

  2. Faustin Y.

    13 décembre 2013 à 20 h 17 min

    Merci de m’associer a l’écoute et de ces Hommes et Femmes qui impriment le succès et contribuent au rayonnement de l’humanité. Faustin Y.

  3. Annabelle Suarès

    12 décembre 2013 à 14 h 58 min

    Ce qui ressort de cet article est que Monsieur Nelson Mandela mettait un point d’honneur à écouter. Qualité très importante dans un monde où l’on a de nombreux systèmes pour communiquer et où l’on oublie que pour bien le faire, il faut avoir cette capacité d’écoute. Quel grand homme qui rejoint, pour moi, Gandhi, Havel, Martin Luther King.

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