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Quand on coupe la parole aux femmes : le phénomène « manterruption »

Le terme « manterruption* » nous vient tout droit des États-Unis. Inventé par Jessica Bennett, chroniqueuse au New York Times, il dénonce cette pratique inconsciente (et masculine) consistant à couper brutalement la parole des femmes et uniquement des femmes, tant dans la sphère privée que professionnelle. Zoom sur un phénomène de sexisme ordinaire enfin dénoncé.

La « manterruption »,
une pratique chiffrée

Depuis l’invention du néologisme en 2015, journalistes, féministes, personnalités politiques, hommes et femmes de tout bord se saisissent du phénomène « manterruption ». La pratique s’est révélée à la face du monde avec l’arrivée au pouvoir de Donald Trump, lors du premier débat télévisuel, qui aurait interrompu Hillary Clinton dans ses propos à 50 reprises quand elle-même lui aurait coupé la parole une dizaine de fois seulement.
En France, en novembre dernier, Nathalie Kosciuszko Morizet, seule candidate de sexe féminin aux primaires de la droite, a été interrompue trois fois plus que ses adversaires durant le débat politique, essentiellement par deux journalistes de sexe masculin chargés d’animer l’événement et de poser les questions clés. Le média BuzzFeed s’est amusé à comptabiliser les interruptions de paroles et a relevé 27 coupures pour Nathalie Kosciuszko Morizet suivi de 12 coupures pour François Fillon, Nicolas Sarkozy, 11 pour Bruno Lemaire et Jean-Frédéric Poisson, 10 pour Jean François Copé et 9 pour Alain Juppé.
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En réunion, 75 % du temps
de parole revient aux hommes

Les chiffres se précisent et les études sur le sujet fleurissent. Celle de Tonja Jacobi et Dylan Schweers de la Northwestern University (États-Unis) dénonce par exemple le phénomène « manterruption » à l’encontre des femmes qui exercent le métier de juge à la Cour Suprême. Une autre étude de la Brigham Young University estime que les hommes utilisent 75 % du temps de parole au cours d’une réunion de travail et interrompent une femme 23 % de plus qu’un autre homme.
Que cela soit dans le milieu privé ou professionnel, à l’encontre de personnalités publiques, des femmes politiques, des communicantes comme femmes d’influence, quel que soit le milieu socioprofessionnel, le niveau d’étude ou même la capacité à tenir tête à ses adversaires, aucune femme ne serait épargnée par le « manterruption ».
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Une application pour mesurer
le niveau de « manterruption »

Le phénomène n’est donc plus une légende urbaine. Il est observé et quantifié, par exemple l’application « Woman Interrupted »  permet de scorer le niveau de « manterruption » dans une conversation, et un hashtag sur Twitter de suivre l’actualité dédiée. Des illustrations, articles de presse, billets de blog relayent le sujet. L’effet boule de neige entraîne d’autres néologismes, comme celui du « mansplaining » qui représente, pour un homme, le fait d’expliquer un sujet à la place d’une femme alors même qu’elle est experte et en train d’en parler. Ces termes ne sont pas sans rappeler la polémique du « manspelling », qui désigne la pratique pour un homme de prendre tout l’espace dans les transports en commun…
Finalement, ces microphénomènes ne sont pas de simples ressentis. Chiffrables et ancrés dans les mœurs, ils relèvent du sexisme ordinaire, et rappellent que les femmes, si elles ont obtenu la parité, n’en n’ont pas forcément acquis l’égalité, avant de défendre leurs idées et de faire valoir leurs compétences, elles ont à se battre pour se faire considérer à armes égales.

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*Manterruption est un néologisme composé du mot « Man » – qui signifie « homme » en anglais – et « terruption », compression du mot « interruption ».

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1 réaction

  1. Anna

    21 septembre 2017 à 10 h 27 min

    Manspreading au lieu de « manspelling »

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