Automatiser ne veut pas dire déshumaniser

Automatiser ne veut pas dire déshumaniser

En France, 62 % des actifs associent leur mal-être professionnel à une surcharge de travail et à une pression temporelle constante. Réunions à répétition, tâches administratives chronophages, outils technologiques multiples et mal intégrés.  Dans de nombreuses organisations, le temps manque pour ce qui fait pourtant la valeur du travail : l’écoute,  l’analyse ou la prise de décision. La technologie est partout, mais elle est souvent perçue comme une contrainte supplémentaire. Dans ce contexte, l’automatisation est souvent perçue comme une menace supplémentaire pour l’humain. Cette inquiétude est légitime. Mais elle masque une réalité plus profonde : ce n’est pas la technologie qui déshumanise le travail, ce sont les organisations qui la conçoivent mal.

Quand la complexité déshumanise le travail

Sur le terrain, le constat est évident. Les collaborateurs ne sont pas dépassés par leur métier mais par la complexité de leur environnement de travail. Dans un service client, par exemple, un conseiller peut passer les premières minutes d’un échange à reconstituer un contexte fragmenté avant même de pouvoir écouter réellement son interlocuteur. Dans une équipe opérationnelle, une décision pourtant évidente peut être ralentie par une chaîne de contrôles hérités de processus empilés au fil du temps.

Cette complexité, rarement visible dans les organigrammes, pèse lourd sur le quotidien des équipes. Elle ralentit l’action, fragilise la qualité des interactions et génère une fatigue décisionnelle persistante. La déshumanisation ne vient pas de la technologie elle-même, mais de son empilement désordonné.

Ce n’est pas l’automatisation qui éloigne de l’humain, c’est l’absence d’une automatisation pensée pour simplifier réellement le travail.

Automatiser pour redonner du temps et du discernement

Automatiser intelligemment ne signifie pas remplacer l’humain, mais le recentrer sur ce qu’il fait le mieux. Dans de nombreux métiers, les irritants sont bien identifiés : collecte manuelle d’informations, traitements répétitifs, coordination fastidieuse entre équipes ou systèmes. Autant de tâches nécessaires, mais sans réelle valeur humaine. Ces tâches sont nécessaires, mais elles n’exigent ni empathie, ni jugement, ni compréhension fine des situations.

Lorsqu’une l’automatisation est pensée à l’échelle du processus, la logique s’inverse. Le système agrège les informations, applique les règles, propose des parcours cohérents et signale les points nécessitant un arbitrage humain. Le collaborateur n’est plus un simple exécutant qui navigue entre des outils mais un professionnel qui peut se concentrer sur l’écoute, l’analyse et la prise de décision.

Dans des environnements complexes, qu’il s’agisse pour les agents du services clients ou les agents administratifs, cette approche change fondamentalement l’expérience de travail. Elle redonne du sens.

Humaniser par l’automatisation : une responsabilité des directions

Redonner toute sa place à l’humain suppose aussi de s’attaquer à une fatigue souvent sous-estimée : la fatigue cognitive. Être constamment sollicité pour gérer des urgences artificielles, corriger des incohérences ou compenser des outils mal conçus épuise les équipes et fragilise l’engagement. Une automatisation bien pensée permet d’alléger cette charge invisible. Réduire durablement cette fatigue cognitive et humaniser le travail par l’automatisation ne peut pas relever d’initiatives isolées ou de projets purement technologiques. Cela suppose une orientation claire, portée par les directions, et un accompagnement assumé des collaborateurs. Simplifier les processus, absorber la complexité et redéfinir les rôles ne va pas de soi : ces transformations modifient les habitudes, les responsabilités et parfois la perception même du métier.

Automatiser n’est pas un objectif fin en soi. C’est un moyen. Un moyen de décider ce que l’on veut faire de la complexité : la subir, l’empiler… ou l’absorber.  C’est un choix stratégique et culturel : celui de redonner du temps à l’humain, là où il compte vraiment.

Camille Journet, Directeur Général de Pegasystems France: