Les élites économiques ne peuvent plus rester un club fermé

Hind Guedira, Associate Partner chez Do Well Do Good
Hind Guedira, Associate Partner chez Do Well Do Goodhttps://dowelldogood.com/fr/peeq-fr/
Diplômée d'HEC, elle a travaillé pendant 20 ans sur des fonctions de conseil en stratégie, de développement international, et d’éducation. Elle dirige PEEQ, le programme d’excellence et d’égalité des chances porté par Do Well Do Good, qui permet à des étudiant·es issu·es de milieux modestes d’accéder aux lieux où se décident les trajectoires économiques

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Les élites économiques ne peuvent plus rester un club fermé : pourquoi l’égalité des chances doit aller jusqu’aux comités de direction.

On célèbre la diversité, mais la décision reste souvent entre les mêmes mains. Or l’égalité des chances ne vaut rien si elle s’arrête aux portes des comités de direction. À l’heure où les entreprises doivent se réinventer vite, ouvrir l’accès aux postes de décision n’est pas seulement une exigence de justice : c’est une condition de performance, de cohésion… et de transformation réelle.

On demande aux organisations d’être “agiles”, “innovantes”, “disruptives”. On leur demande de transformer leurs modèles, d’anticiper les ruptures, de tenir dans un monde instable. Mais soyons lucides : on ne se réinvente pas avec des mécanismes usés. Et on ne décide pas juste quand on ne voit qu’une partie du réel.

Le problème n’est pas l’absence de talents. Le problème, c’est l’accès. Tant que les élites économiques resteront un club fermé, les postes de décision continueront de se transmettre par les mêmes codes, les mêmes réseaux, les mêmes trajectoires ; et la société continuera de se fracturer. L’égalité des chances doit aller jusqu’aux comités de direction, parce que c’est là que se jouent les arbitrages qui façonnent l’économie, l’emploi, et donc le quotidien.

Un club fermé, ce sont des angles morts… et une société qui se tend

Une société ne tient pas longtemps quand ceux qui décident finissent par ne plus ressembler à ceux qu’ils représentent. On peut appeler cela “reproduction”, “entre-soi”, “homogénéité sociale”. Le résultat est le même : des réalités entières deviennent invisibles, des signaux faibles ne remontent pas, des décisions se prennent avec un biais structurel.

Et ce n’est pas un débat abstrait. La mobilité sociale reste faible : seuls 9,7 % des enfants issus des 20 % de ménages les plus modestes accèdent, adultes, aux 20 % les plus aisés (IPP, 2023). Et l’OCDE rappelle que l’ascenseur social se mesure en générations, pas en années : 4 à 5 générations en moyenne pour atteindre le revenu moyen quand on naît dans une famille à bas revenus (OCDE, 2018). Quand le système est si lent, attendre que “le temps fasse le travail” revient à accepter le statu quo.

Ouvrir la décision, c’est aussi un levier de performance

Le sujet est stratégique. Dans une enquête menée par BCG auprès de plus de 1 700 entreprises, les organisations avec des équipes de management plus diverses déclarent 19 points de revenus issus de l’innovation (45 % vs 26 %) et des marges EBIT supérieures de 9 points. La diversité, quand elle devient inclusion, améliore la qualité des décisions, accélère

L’égalité des chances ne peut pas s’arrêter au seuil de l’entreprise, ni s’éteindre avant les postes de décision. Si nous voulons des organisations capables d’affronter les ruptures, et une société plus juste (donc plus solide) il faut ouvrir l’accès là où tout se joue : dans les opportunités qui mènent au pouvoir, puis dans les comités de direction eux-mêmes. La question n’est plus de savoir s’il faut diversifier. La question est : qui décide, avec quels angles, et pour quel monde demain ? Ouvrir la décision, c’est inviter une génération entière ; notamment les jeunes issus de milieux modestes, à construire la société que nous prétendons vouloir. Pas depuis la périphérie. Depuis le cœur.
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