L’empreinte du dirigeant, un actif stratégique que les entreprises sous-exploitent

Anne Kieffer, Responsable communication externe et partenariats Observatoire des Mémoires chez Groupe B2V
Anne Kieffer, Responsable communication externe et partenariats Observatoire des Mémoires chez Groupe B2Vhttps://www.b2v.fr/
Anne Kieffer, experte en communication, après une carrière de 15 ans dans de grands groupes de communication (FCB, Saatchi, Lowe, Publicis) et dix années à la tête du pôle "Art et Culture" d’Havas Media, elle a fondé en 2012 AK Art Conseil, une structure dédiée à l’innovation en communication. En Mai 2023, elle rejoint le groupe B2V comme responsable de la communication externe et en charge des partenariats pour l'Observatoire des mémoires, afin de faire rayonner la mémoire matérielle et immatérielle des entreprises. Un enjeu crucial pour manager et innover dans le monde actuel en mutation, valoriser les savoirs des salariés et redonner à l'entreprise sa place dans l'histoire contemporaine.

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L’empreinte du dirigeant, un actif stratégique que les entreprises sous-exploitent

Combien d’entreprises ont laissé disparaître, sans en mesurer l’importance, la mémoire de ceux qui les ont bâties ? Combien de successions se sont transformées en crises, non par manque de compétence des nouveaux dirigeants, mais parce que le fil mémoriel s’était rompu ? La question de l’empreinte que laissent les dirigeants dans leurs organisations n’est pas une question de nostalgie. C’est une question de gouvernance, de compétitivité, et finalement de sens qui engage le projet d’entreprise.

Une réalité longtemps ignorée par les sciences du management

Jusqu’à récemment, la mémoire organisationnelle a été reléguée au rang d’archive ou de folklore d’entreprise. On la convoquait lors des anniversaires institutionnels, on l’exposait dans des musées d’entreprise, on la mentionnait dans les discours de départ à la retraite. Rarement on l’intégrait dans les processus de décision stratégique, les plans de succession ou les projets de transformation culturelle.

Pourtant, chaque organisation porte en elle les traces profondes, souvent invisibles, de ceux qui l’ont dirigée. Ces traces façonnent les représentations collectives, influencent la manière dont les décisions sont prises et légitimées, et déterminent la façon dont les équipes se mobilisent face à l’adversité. L’ignorer, c’est naviguer sans boussole.

L’empreinte : entre héritage et levier d’innovation

De récents travaux menés auprès d’entreprises partenaires situées dans les Hauts-de-France montrent à quel point l’empreinte d’un dirigeant peut prendre des formes différentes. Elle peut être un repère de stabilité par exemple dans des groupes industriels historiques qui mobilisent leur héritage fondateur pour légitimer leurs investissements d’avenir. Elle peut être incarnée dans une figure et le défi sera alors de réussir le passage de relais. Elle peut aussi être réinterprétée lorsque la génération suivante s’empare de l’héritage pour le mettre au service de nouveaux enjeux stratégiques.

Dans les trois cas, la mémoire n’est pas un frein. Elle est une ressource. À condition de l’aborder comme telle, avec rigueur et intentionnalité.

La succession, moment de vérité de la gouvernance mémorielle

Le temps de la succession révèle pleinement le rapport qu’entretient une organisation avec la mémoire de ses dirigeants. Car, c’est précisément dans ce moment de transition que la question se pose avec le plus d’acuité : quelle part de l’héritage transmettre ? Quelle part réinterpréter ? Comment préserver une identité forte tout en se renouvelant ? Ces questions demandent une préparation, un travail de fond sur la mémoire de l’organisation et supposent de formaliser, partager et discuter l’empreinte de ses dirigeants bien avant que la nécessité s’en fasse sentir.

Un enjeu de communication autant que de gouvernance

Entrent alors en jeu les professionnels de la communication et des ressources humaines, l’enjeu est double. Pour eux la tâche est importante : documenter et valoriser les traces mémorielles dans une logique de préservation et de transmission. Mais il s’agit surtout d’intégrer cette mémoire dans les processus vivants de l’organisation : la formation des managers, la conduite du changement, la communication interne, la marque employeur.

La mémoire des dirigeants n’est pas seulement une affaire d’historiens d’entreprise. Elle est une matière première et en mouvement pour les décideurs d’aujourd’hui. Activée à bon

escient, elle renforce la cohésion des équipes, sécurise les transitions et donne du sens aux transformations engagées. Elle permet à une organisation de raconter une histoire cohérente, capable de tisser un fil entre le passé, le présent et l’avenir souhaité.

Il est temps de sortir la mémoire des dirigeants des salles d’archives et des discours de commémoration. Elle doit trouver toute sa place dans les conseils d’administration, dans les comités de direction, dans les plans stratégiques. Non comme un poids du passé, mais comme une boussole pour l’avenir !

Tribune Coécrite par Anne Kieffer et Nicolas Bartel, Associé Eurogroup Consulting

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