Transformation par l’intelligence artificielle : pourquoi peu d’entreprises passent à l’action

Virginie Auboyer, Directrice de la Transformation chez ekino
Virginie Auboyer, Directrice de la Transformation chez ekinohttps://www.ekino.fr/
Forte de plus de 20 ans d’expérience (PwC, Atos Consulting), elle accompagne les grandes entreprises dans leurs transformations digitales et organisationnelles. Elle intervient sur des enjeux de structuration, d’IA, d’expérience client et d’accompagnement du changement. À la croisée du business et de la technologie, elle aide les organisations à aligner leurs équipes et leurs modèles pour transformer durablement leur performance

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Transformation par l’intelligence artificielle : pourquoi peu d’entreprises passent à l’action

94 % des entreprises ont engagé une stratégie IA. Pourtant, moins d’une sur deux est réellement entrée dans une logique d’industrialisation, et une minorité seulement constate un impact tangible[1]. Le constat est désormais clair : ce qui freine la transformation n’est pas la technologie, mais la capacité des organisations à embarquer leurs équipes.
Dans beaucoup d’entreprises, un décalage persiste : en comité de direction : « On s’est emparé de l’IA, plusieurs projets sont lancés. », mais côté équipes : « On ne voit pas vraiment à quoi ça sert, et on n’a pas le temps. ». 
Ce contraste est révélateur : l’IA reste souvent portée comme un sujet stratégique, sans transformer concrètement les pratiques de travail.

Les freins sont rarement techniques. Ils tiennent davantage aux compétences, à la résistance au changement ou à une gouvernance encore floue. La technologie fonctionne. L’enjeu est ailleurs : dans son intégration dans le travail réel.

La formation ouvre la porte, la pratique fait basculer

Face à ces enjeux, la réponse la plus fréquente reste la formation : webinaires, modules e-learning, certifications. Mais dans les faits, les pratiques évoluent peu. Dans la grande majorité des cas, six mois plus tard, elles n’ont pas changé.

La différence se joue ailleurs : entre les équipes qui ont intégré l’IA dans leurs pratiques quotidiennes, et celles qui en restent à une compréhension théorique. Tant que l’usage n’est pas ancré dans le quotidien, il reste abstrait et donc secondaire.
L’enjeu n’est plus seulement de former, mais de créer les conditions d’expérimentation : permettre aux équipes de tester, d’ajuster, de s’approprier progressivement les outils dans leur contexte métier.

Le courage de choisir

Dans les organisations qui avancent, un point revient systématiquement : la capacité à prioriser. L’introduction de l’IA ne peut pas reposer uniquement sur des initiatives isolées. Elle suppose des choix clairs : quels usages développer, quels métiers accompagner en priorité, quelles pratiques faire évoluer. Les équipes ont besoin de repères : voilà ce qu’on fait cette année, voilà ce qu’on ne fait pas, voilà pourquoi. Sans cette clarté, l’IA reste perçue comme un sujet supplémentaire, qui vient s’ajouter à des contraintes déjà fortes.

Les organisations qui génèrent un impact réel partagent souvent les mêmes caractéristiques : une équipe dédiée ou un centre d’excellence IA, un engagement clair de la direction, et un ancrage sur des cas d’usage métiers concrets. Pas de recette secrète : une discipline dans les choix, et la capacité à tenir une trajectoire dans la durée.

Naviguer sans tout maîtriser

La transformation IA introduit une forme d’instabilité nouvelle dans les organisations. Les outils évoluent rapidement, les usages restent mouvants, les résultats parfois incertains. Pourtant, beaucoup d’organisations continuent de piloter cette transformation comme les précédentes, avec des plans figés et des promesses de ROI à horizon défini.
C’est là que les transformations se grippent. Ce qui fait la différence, ce n’est pas la maîtrise technique, mais la capacité à rendre l’incertitude compréhensible : dire ce que l’on sait, ce qui reste à construire, et pourquoi il est nécessaire d’avancer malgré tout. C’est aussi une évolution culturelle : accepter de ne pas tout maîtriser immédiatement, tout en continuant à progresser collectivement.

La question n’est pas « comment déployer l’IA ? ». C’est : quelles décisions la direction est-elle prête à prendre, et à assumer, pour que la transformation se concrétise vraiment avec les métiers ? Aucun outil ne peut faire ça à la place d’un dirigeant.

[1] Digital Radar 2026 institut CSA x ekino réalisé auprès de plus de 500 CDO

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