Avec le confinement, les webinars et formations en ligne se sont multipliées. Sont-elles toutes adaptées ? Mettre en ligne le matériau brut de formations classiques pour former en distanciel ne suffit pas. Plusieurs paramètres sont à prendre en compte pour délivrer une prestation de qualité à distance. Voici comment maintenir l’attention, créer une relation et établir les conditions nécessaires à cette réussite.

Maintenir l’attention par l’interaction 

L’auditoire retient en moyenne 20% ce qui lui est présenté lors d’une formation classique, avec une forte tendance à mémoriser le début
et la fin ; et le temps moyen d’attention active d’un cadre aujourd’hui, entre réseaux, devices et sollicitations permanentes, est de 12 minutes. Conserver cette attention est un exercice compliqué en présentiel mais, à distance, c’est une gageure. Le meilleur moyen d’assurer une transmission correcte de l’information est de découper l’intervention et de provoquer régulièrement des interactions.
Survient le second problème à surmonter : générer des questions ! La crainte de passer pour un ignorant ou la volonté de ne pas donner d’informations sensibles devant des inconnus sont souvent les causes de cette retenue. En distanciel, cette gêne à s’exprimer s’accroît car on ne connaît ni ne voit les participants (nombreux sont ceux qui coupent leurs caméras).
« Vous avez des questions ? » est le meilleur moyen d’être confronté à un grand silence. En général, les conférenciers professionnels qui animent des tables rondes « fournissent » la première question ou inversent la donne en questionnant l’auditoire, avec une question fermée le plus souvent.
Les quiz répondent en partie à ce problème s’ils sont proches du périmètre d’information qui vient d’être délivré. Les « tours de tables » sont également une façon de créer de l’interaction collective – à condition que les questions posées ne mettent pas l’interlocuteur en difficulté. Plus celles-ci sont pratiques et proches du matériau enseigné, moins élevé est le risque d’un blocage ; et si c’est un tour de table, il est délicat pour un participant de s’y soustraire.
Enfin, il est impératif que le cursus contienne une pratique, soit rattaché à du concret ; précisément parce que le modèle distanciel a tendance à générer une forme d’abstraction. Pour contrer cela, des “ateliers” participatifs ou des travaux collectifs en petits groupes sont de bonnes solutions.

Créer une vraie relation humaine

C’est primordial et c’est le plus ardu. Au-delà des compétences techniques pour lesquelles un stagiaire s’inscrit à une formation, l’interaction humaine est vitale, et c’est tout le talent du formateur de la créer malgré la distance.
Qui n’a pas suivi des cours dont le formateur était imbuvable, ou mou, ou trop speed, ou pas clair ? Cependant, s’il s’avère finalement sympa à la pause café ou au déjeuner, on fait l’effort, on suit par respect, par sympathie et on emporte néanmoins quelque chose.
En distanciel, pas de café ni de déjeuner. Il est donc vital d’introduire autrement un peu d’humain, y compris entre les participants, avec un moment de présentation, et éventuellement avec des sujets d’interactions sans enjeux, pour rencontrer le moins de blocages possibles dans l’échange.

Un peu d’exigence sur les conditions du match !

La qualité du contenu est bien entendu importante et son adéquation à l’auditoire une nécessité. Mais de nombreux détails peuvent dégrader le résultat. A distance, beaucoup d’éléments échappent aux formateurs, et cela justifie, pour délivrer une prestation de qualité, de verrouiller quelques pré-requis.
Le premier est d’imposer la caméra. Dans la création du minimum de relation humaine nécessaire, l’image joue un rôle majeur. De plus, un formateur expérimenté repère en salle la baisse d’attention, le décrochage, la nécessité de répéter un sujet ou le moment de faire une pause et cela lui permet de s’adapter. Sans l’image, pas d’adaptation possible. L’autre aspect, est la préparation technique. Si une bonne connexion est incontournable, d’autres détails peuvent apporter du confort et de l’efficacité.
Il est primordial notamment de regarder les gens dans les yeux ; les tablettes qui ont la caméra sur le côté, les téléphones à l’horizontale ou une webcam mal positionnée donnent l’impression que l’interlocuteur n’est pas regardé et c’est une vraie perte d’impact. Sans compter les films de trop près ou en contre plongée, faute d’une position adéquate de la caméra. Ce sont autant d’éléments qui, inconsciemment, rappellent à l’interlocuteur que le formateur n’est pas vraiment là… C’est dommage.
Il est également préjudiciable de ne pas voir les participants quand l’écran est projeté. C’est la seule source de feedback du formateur. Il est donc bon d’être équipé pour garder la vision de son support ET de ses interlocuteurs. Et quand deux devices différents sont utilisés, il est nécessaire de vérifier le son afin qu’ils n’interfèrent pas ensemble.
Au regard de la conjoncture, la formation à distance n’est plus un palliatif provisoire. De surcroît, elle est une vraie occasion de contact et actuellement c’est chose précieuse. Nous avons tous besoin de rompre les monotonies et d’avoir l’impression d’avancer, d’apprendre et de progresser…
C’est aussi fondamental pour l’individu que pour l’entreprise, non seulement pour qu’elle puisse faire grandir ses collaborateurs, mais aussi pour contribuer à lutter contre le risque psycho-social – que personne ne conteste plus – auquel nous sommes tous exposés par l’isolement.


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Ingénieur de formation, Richard STRUL a passé 15 ans dans le marketing de l’information financière (Reuters, Dow Jones) avant de plonger dès 1992 dans le Web. Il participe successivement à la création de deux start-ups dans les arts graphiques et le e-learning avant de monter à bord de Zebank, le premier portail bancaire en ligne financé par le groupe LVMH. Il pilotera ensuite le lancement sur Internet de EGG en France, avant de créer en 2004 le cabinet RESONEO, dédié au marketing digital et en particulier aux moteurs de recherche et aux réseaux sociaux, qui regroupe aujourd’hui 80 spécialistes du SEO, de l’acquisition de trafic et de l’e-reputation