L’immobilisme avant tout

Difficile d’impulser le changement au sein d’un Ministère. Les ministres « se retrouvent en permanence à négocier pied à pied pour la moindre décision ». Et lorsqu’ils sont bien décidés à faire bouger les lignes, la « peur des grèves » les rattrape. Résultat : beaucoup d’immobilisme et des décideurs discrédités. C’est parfois ce qui peut arriver à un chef d’entreprise contraint de négocier avec les syndicats pour éviter un arrêt de travail synonyme d’une perte significative du chiffre d’affaires. Des décisions suspendues pour une durée indéterminée en attendant qu’un accord soit enfin trouvé. Que de temps perdu.

Un périmètre de compétences flou

Mais comment avancer avec des idées claires quand le contour du poste de chaque employé n’est pas bien défini ? Rien de pire que des collaborateurs qui se marchent dessus, qui sont en concurrence et ne veulent pas lâcher leurs prérogatives. C’est pourtant ce qu’il se passe au sein de l’Etat. « Les services ne proposent pas aux ministres de véritables économies (…) la faute au nombre de ministres qui se tirent dans les pattes en permanence à Bercy (…) mais aussi à la concurrence sanglante entre les différentes directions », écrit Agnès Verdier-Molinié. Ambiance. Et l’on ne rentrera pas dans les détails du mille feuilles territorial dans lequel personne ne se retrouve : « La mosaïque de compétences issue de la loi NOTRe (Nouvelle organisation territoriale de la République) est quasi impossible à représenter ».

Aucune stratégie à long terme

Imaginez-vous naviguer à vue, sans d’autre objectif que faire toujours partie du paysage le lendemain : quelle entreprise, aujourd’hui, fonctionne sans calendrier, sans business plan, sans ambitions ? La France, elle, peut se permettre de changer de cap, d’un seul coup, de faire des dépenses, presque sur un coup de tête. Ainsi, elle a signé un chèque de 450 millions d’euros en 2016 pour maintenir 400 emplois à Belfort chez Alstom, une entreprise bénéficiaire (!) « Ce n’est ni de la stratégie, ni de la tactique, juge l’auteure, cela relève du simple coup de main (avec de l’argent public donné à une entreprise qui n’en avait pas besoin) ».

Toujours plus de dettes

Il faut dire que l’Etat n’est pas à une dette près. Quelle autre entreprise peut se permettre de creuser son déficit indéfiniment sans jamais avoir à rendre de comptes ou presque ? Pouvez-vous gérer votre société en empruntant toujours plus sans que les recettes augmentent ? C’est pourtant ce que fait le pays, et depuis fort longtemps. « Aujourd’hui, l’équation est intenable, lance Agnès Verdier, puisque nos comptes sont, même bien maquillés au bord de la rupture (…) Et c’est un euphémisme ».

Le droit du travail bafoué

Enfin, la gestion d’une entreprise devrait normalement se faire dans le respect des règles et des lois… or, ce n’est pas toujours le cas. Quand une entreprise lambda subit un contrôle fiscal ou de l’inspection du travail, et qu’elle se fait taper sur les doigts, les régions, elles, transgressent le droit du travail en toute impunité. C’est ainsi que certaines « renouvellent des CDD de 3 mois jusqu’à dix ans de suite ». Des communes, quant à elles, permettent à leurs agents de travailler moins de 35 heures, la durée légale du travail hebdomadaire – faut-il le rappeler ?
Comment les entreprises du pays pourraient-elles être sereines quand la plus importante, la France, est managée de cette façon ? Les changements attendus en 2012 n’ont pas eu lieu. Qu’en sera-t-il en 2017 ?

*Ce que doit faire le (prochain) président, Agnès Verdier-Molinié, Editions Albin Michel, 2017

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