Le leader universel n’existe pas. Les modèles de management « prêts à l’emploi » butent sur les différents styles pour coordonner une équipe, une multitude de contextes et diverses cultures d’entreprise. Pas de recette donc. Par contre, les « anti-recettes » sont repérables aisément dans les attitudes et leurs conséquences nocives, au point que l’on parle aujourd’hui de management toxique*. Voilà en 10 points ce qu’il faut se dire et faire pour devenir le parfait anti-leader… et les clés pour en sortir !

1 – Croire que l’habit fait le moine

« J’accède aux responsabilités, donc maintenant c’est moi qui décide. Avant je me taisais, je faisais profil bas. Désormais il faut que j’incarne l’autorité, je donne les ordres ». Conseil : un leader n’est pas forcément un manager, et réciproquement. Evitez le management autocratique, d’un autre âge, et favorisez le management participatif plus souple, constructif et engageant.

2 – Ne pas s’approprier son rôle

« Mes collaborateurs en savent bien plus que moi à leur poste ! Je dois absolument tout maitriser de leur métier, sinon je vais passer pour qui ? Suis-je vraiment fait pour manager » ? Conseil : vous vous discréditez… tout seul ! Un manager n’est pas un ultra opérationnel, sa compétence est d’abord celle d’un chef d’orchestre. Baissez vos exigences et clarifiez vos objectifs pour générer de la coopération.

3 – Manager par le résultat

« Une équipe, il faut lui mettre la pression. Les carottes et les bâtons, il n’y a que ça qui marche : pas de résultats, pas de primes. Avec moi, ils savent à quoi s’en tenir !». Conseil : intéressez-vous à la psychologie de la motivation et aux effets du stress sur la performance.

4 – Etre intolérant

« Dans cette entreprise il y a beaucoup de comportements qui m’agacent. Celles et ceux qui ne fonctionnent pas comme moi ne méritent au mieux que mon indifférence, sinon mon mépris ». Conseil : rien de tel pour créer démotivation et conflits ! Assouplissez votre système de valeur : trouvez les inconvénients de votre mode de fonctionnement et des avantages à ce qui vous dérange.

5 – Exercer son pouvoir par la peur

« Etre craint, j’ai toujours fonctionné comme cela, je ne l’explique pas. Mes collaborateurs et mes collègues, je les déstabilise, les dévalorise et les intimide paraît-il. Ma hiérarchie, je sais la flatter pour parvenir à mes fins. Je divise pour mieux régner, moi ? Ah bon ? » Conseil : vous risquez gros vis à vis du code du travail ! Vous êtes prisonnier de votre dominance, faites-vous accompagner pour gérer vos pulsions inscrites dans le rapport de force.

6 – Etre éternellement insatisfait

« J’espère que dans l’équipe ils sont hyper-engagés comme moi ! Je vérifie plusieurs fois auprès d’eux chaque phase des process, un échec serait catastrophique. Ils disent que je suis lunatique ? Peut-être… mais moi au moins je me mets des exigences ! Je donne tout pour cette boite, l’impression d’en faire jamais assez, mais c’est ma vie ». Conseil : un fort besoin de reconnaissance se cache souvent derrière les comportements « hyper » (désir intense avec anxiété d’anticipation). N’attendez pas que l’on vous dise que vous êtes quelqu’un de bien : assumez pleinement vos qualités !

7 – Délivrer des injonctions paradoxales

« Ils ont une mission et des responsabilités, et c’est moi qui décide ou qui relaye ce qu’ils ont à faire. Ils se plaignent souvent du manque de moyens mais c’est comme ça, il faut composer avec ce qu’on a… Suivez les procédures mais soyez créatif ! ». Conseil: remettez en cohérence la responsabilité des tâches avec les pouvoirs décisionnels correspondants, et détaillez les fiches de poste en ce sens.

8 -Imposer une méthode de management

« Voilà comment j’ai toujours entretenu la confiance dans mon parcours d’entrepreneur, avec de très bons résultats. Je souhaite que vous fassiez exactement la même chose avec vos équipes ». Conseil : le management est comme la bourse, les performances passées ne présagent en rien des performances à venir ! Adaptez-vous aux hommes et aux circonstances, apprenez à manager dans l’incertitude.

9 – Etre froid

« On a autre chose à faire que de l’empathie et de parler sentiments ! Je ne montre rien de mes émotions car ce n’est pas l’endroit. Comptez sur moi pour recadrer les plaintifs et les surexcités ! » Conseil : exclure toute émotion des relations humaines est irrationnel ; jamais vous n’obtiendrez la confiance si vous ne laissez rien transparaître. L’entreprise n’emploie pas des machines ! Osez exprimer votre ressenti.

10 – Manquer d’humilité

« Ma réussite je ne la dois qu’à moi-même. Mon parcours est exemplaire, partout où je suis passé je suis parvenu à faire exploser les chiffres ! ». Conseil : rien ne prouve que vous soyez le seul responsable de vos succès. Développez l’esprit d’équipe et l’autocritique. Et surtout parlez aussi de vos échecs, car c’est là où l’on apprend le plus !

* Le management toxique. Harcèlement, intolérances, missions impossibles… Comment s’en sortir ? Collignon P., Vander Vorst C. – Paris, Eyrolles, 2013.



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Philippe Barel et Nicolas Dugay
Philippe Barel, formateur et coach ANC (Approche neurocognitive et comportementale), accompagne les professionnels de santé, les managers et les entraineurs sportifs en gestion de la motivation, du stress et des conflits. Il a créé Simplex City (www.simplex-city.com), réseau de promotion du savoir-être. Il a été ostéopathe pendant 12 ans. Nicolas Dugay est directeur associé d’une agence spécialisée dans le conseil et la formation en management et coaching (CAA). Après 14 ans au sein du groupe BNP Paribas à différents postes à responsabilités, il accompagne aujourd’hui des entreprises, des dirigeants, et des sportifs professionnels. Il est l’auteur de nombreux ouvrages dont « la préparation mentale » aux éditions Jouvence.