On ne s’improvise pas leader, il y a certaines règles élémentaires à respecter pour devenir leader et le rester : c’est le constat que l’on peut tirer après le départ forcé de Jean-François Copé de la présidence de l’UMP et de toute l’équipe de direction du parti. Depuis son élection contestée à la tête de l’UMP en novembre 2012 jusqu’à sa démission de la présidence du parti le 27 mai dernier, Jean-François Copé a commis de nombreuses erreurs en matière de leadership. Nous en avons retenu cinq significatives à ne pas reproduire avec en contrepartie les cinq règles à suivre pour tout apprenti-leader – qu’il dirige un parti politique ou une entreprise.

1 – Rester modeste

C’est un point élémentaire, mais que Jean-François Copé a oublié. Comme le rappelle Le Monde, le leader de l’UMP se comparait en mars dernier à des “leaders de premier plan tels Clémenceau, de Gaulle, Chirac ou Sarkozy”. Le leader s’affirme de lui-même sans avoir à faire sa propre promotion, il s’impose aux autres de façon naturelle (voir notre article Leadership : les 7 vertus de Mandela). Les témoignages sont nombreux sur la modestie et la simplicité de l’ancien président sud-africain, un modèle en matière de leadership. Il avait ainsi déclaré au moment où il avait décidé de ne pas se représenter à la présidence de la République : “Je ne suis pas un messie, mais un homme ordinaire qui est devenu un leader en raison de circonstances extraordinaires”.

2 – Etre consensuel

Pour devenir leader d’un parti ou d’une entreprise, il n’est pas forcément nécessaire de s’exposer au premier plan et de vouloir imposer ses points de vues en étant très directif. Il faut au contraire être capable de trouver un consensus face à des points de vue divergents. Plutôt que de vouloir à tout prix devenir président de l’UMP en dépit de l’opposition frontale de François Fillon qui avait créé un groupe dissident de 72 députés à l’Assemblée, Copé aurait dû composer avec son “ennemi” Fillon. Et surtout ne pas étaler ses divergences avec ce dernier dans les médias. De son côté, Fillon aurait également gagné à ne pas mettre sur la place publique ce conflit “fratricide”, qui a nuit aux deux leaders ainsi qu’à l’ensemble du parti.

Lecture conseillée : Management et communication : 100 exercices: Pour gérer l'incertitude et la complexité de Denis Cristol

3 – Faire adhérer à une stratégie

Etre un leader, c’est avoir une stratégie et savoir la partager avec ceux qui vous suivent. Pour aller même plus loin (voir notre article Soyez le leader que vous voulez devenir !), un leader est quelqu’un qui œuvre sur un projet plus grand que lui, qui transcende ses intérêts personnels pour un intérêt collectif dans le respect de ses valeurs. Il est capable d’entraîner avec lui d’autres personnes dans son sillage pour l’atteinte de cet idéal. Jean-François Copé a certes remporté une large victoire lors des municipales de mars 2014 avec une ligne politique draguant du côté du Front national, mais qui n’était pas unanimement partagée au sein de l’UMP. Lors des élections européennes qui ont suivi en mai, la défaite a été cinglante face au Front national et a du coup réveillé les ambitions des partisans d’une nouvelle stratégie plus orientée vers le centre.

4 – Assumer ses erreurs

Accusé, juste avant les municipales de mars 2014, par le magazine Le Point d’avoir favorisé la société de communication Bygmalion dirigée par des proches en lui octroyant de nombreux contrats avec l’UMP, Jean-François Copé a tout nié en bloc. Il a dénoncé un «coup monté» et un «tissu de mensonges». Sa ligne de défense a agacé plusieurs ténors du parti qui lui ont demandé de s’expliquer. Au lieu de faire cela, Copé  a continué de tout nier et de dire qu’il n’était au courant de rien après les aveux d’un de ses proches, Jérôme Lavrilleux, ex-directeur de campagne adjoint de Nicolas Sarkozy, qui a reconnu des “dérapages” dans les dépenses de la campagne présidentielle de 2012 (voir vidéo ci-dessous).

5 – Ne pas se défausser sur ses collaborateurs

Le leader assume les erreurs de son équipe et en porte la responsabilité sans se défausser sur ses collaborateurs. Même s’il n’est pas au courant de tout, au final c’est lui qui devant un client, un électeur ou un adhérent mécontent va répondre aux critiques. Quitte ensuite à se retourner contre les personnes responsables. Quand l’affaire Bygmalion ressurgit après les élections européennes du 25 mai et à la suite des déclarations de l’avocat de Bygmalion mettant en cause la direction du parti pour des «dérapages» dans les comptes de la campagne présidentielle de 2012, maquillés par de fausses factures, Jean-François Copé affirme n’avoir rien su d’éventuels montages pour couvrir les dépenses excessives de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2012, et qu’il n’avait pris connaissance du problème  « il y a douze jours » seulement, à la lecture de Libération.