CET ARTICLE EST LA SUITE DE
La crise du covid-19 : le redémarrage exige
d’attirer de nouveau des talents vers l’industrie

Faire pénétrer l’enseignement supérieur technologique et industriel sur tous les territoires de l’industrie

L’État, qui serait bien inspiré d’oublier un temps le classement contesté de Shanghai, devrait renouer avec une logique ambitieuse – qui prévalut jusqu’au début de ce siècle – d’aménagement du territoire en matière d’enseignement technologique et professionnel post-bac : créations plus nombreuses de sections de techniciens supérieurs à bac+2, ouvertures à nouveau d’instituts universitaires de technologie, désormais à bac+3, ou d’antennes d’IUT, d’antennes d’écoles ou d’universités, sur des territoires de l’industrie dépourvus de telles formations.
Les « campus connectés » dans les villes moyennes et les établissements du Cnam « au cœur des territoires », deux initiatives récentes, vont dans le bon sens mais l’offre de formations technologiques et industrielles en est aujourd’hui absente. Les premières expériences montrent que les participations des collectivités locales concernées ne sont pas toutes au rendez-vous, condamnant certaines initiatives à végéter ou à disparaître. Des écoles d’ingénieurs privées ont entrepris de créer des antennes ou des campus hors de grandes aires urbaines, avec l’appui de collectivités locales. Il faut saluer ces avancées.

Une autre voie est à expérimenter rapidement : il conviendrait d’implanter sur les territoires dits « périphériques » de l’industrie, de nouveaux tiers-lieux (mini-antennes), connectés et encadrés, de formation technologique et industrielle, parties intégrantes d’universités, d’écoles ou de communautés d’établissements, situées, quant à elles, le plus souvent, dans de grandes aires urbaines[1]. Ces établissements -pourvu qu’ils aient développé une offre de formation qualifiante à distance (cela va devenir incontournable pour tous) – auraient ces tiers-lieux en responsabilité, l’offre de formation y serait flexible, adaptable de façon souple et rapide aux besoins évolutifs ressentis sur les territoires. Des moments de regroupements pourraient être programmés dans les établissements porteurs de ces tiers-lieux disséminés. Cela concernerait la formation initiale et/ou la formation continue, alternée, à l’intérieur des entreprises, avec de la formation en situation de travail. Ici aussi, l’appui des collectivités territoriales, conscientes des besoins industriels et des enjeux sociaux, serait nécessaire ; elles en verraient alors tout l’intérêt.

Faire du logement des jeunes une priorité nationale

Ces initiatives tendent à rapprocher la formation des territoires de l’industrie, aussi bien ceux des entreprises qui y produisent que ceux des jeunes et des actifs qui y vivent. La mobilité géographique des ménages n’est pas un atout de notre économie. Cela ne se change pas par décret…, il faut donc s’adapter et à cette réalité sociale. Mais, en de multiples circonstances, en de nombreux lieux, la question du logement des jeunes est apparue comme un obstacle à l’attractivité de formations industrielles et d’emplois sur des territoires de l’industrie. Il est recommandé d’en faire une priorité nationale.
L’Etat propose (enfin…) une politique d’internats, il convient de le saluer. Mais est-elle quantitativement suffisante sur tous les territoires de l’industrie ? Est-ce que les besoins en encadrement spécialisé pour les mineurs ont pu être pris en compte à due hauteur ? Quoiqu’il en soit, il demeure de grands besoins de logements pour les apprentis (qui, le plus souvent, sont en résidences alternantes) et surtout pour les jeunes actifs qui ont du mal à trouver des logements abordables sur nombre de territoires de l’industrie. Il y a aujourd’hui très peu de jeunes actifs dans les HLM, par exemple.
C’est un vaste plan « territoires de l’industrie et logements des jeunes » qu’il faut lancer désormais pour rendre l’emploi industriel plus attractif pour les jeunes générations.

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Faire de la « raison d’être » des entreprises et de la mobilité sociale les premiers facteurs d’attractivité de l’industrie

L’image d’une entreprise industrielle, dans son aire de rayonnement, est indéniablement un facteur positif ou négatif d’attractivité. Il est recommandé, à cet égard, que les entreprises industrielles, pour se rendre plus attractives, mettent leur raison d’être et leurs engagements en cohérence avec les grands enjeux contemporains, la transition écologique en premier lieu, en prohibant ici la pratique contreproductive du « greenwashing ».

Par ailleurs, pour rendre l’enseignement professionnel attractif et adapté, le rôle des entreprises industrielles est irremplaçable, leur implication est nécessaire (apports en connaissances, en compétences, en moyens) et ce, dès le collège, nous l’avons dit. Cela s’intègre à leur raison d’être.  

Créer des « ascendances sociales » et réinventer la « promotion supérieure du travail » dans l’industrie

Mais l’attractivité des emplois industriels demeure largement fonction de la politique sociale des entreprises. Sur la base d’études Insee, elles sont globalement bien placées dans l’échelle française des rémunérations, malgré la hauteur des charges. Bien entendu les tensions sur des emplois conduisent à des revalorisations mais la surenchère ne peut pas être une solution durable. C’est sur un autre plan que l’industrie doit se démarquer. Notre pays – un des plus mal placés de l’OCDE à cet égard – est frappé par la faiblesse, devenue endémique, de sa mobilité sociale. En donnant consistance à la notion de parcours professionnel, l’industrie pourrait faire de la mobilité sociale son premier facteur d’attractivité.

Créer de forts courants d’ascendance sociale (comme il existe des ascendances en aérologie qu’exploitent les pilotes de vol à voile) ferait écho à l’exigence de montée en compétences qu’appelle l’industrie 4.0. Par la mise en œuvre d’ambitieux plans de développement des compétences, par la création d’écoles internes, de nouvelles écoles professionnelles sous la forme de CFA d’entreprises, ce que permet la loi du 5 septembre 2018, – si possible en partenariat avec l’enseignement public – les entreprises industrielles devraient renouer avec l’ancienne « promotion supérieure du travail », redonnant, avec l’esprit des lois de 1959 mais dans le contexte législatif de 2020, une nouvelle dimension sociale à leurs politiques et des perspectives réelles d’évolution à nombre de leurs salariés.

Affecter une part des impôts de production exclusivement à la mobilité sociale

Bien entendu, des moyens nouveaux sont nécessaires. La réduction significative des impôts de production, qui avait été annoncée avant la crise ouverte en mars 2020, pourrait constituer une ouverture, malgré les divergences existantes entre l’Etat et les collectivités locales à cet égard. En y affectant une part des ressources dégagées, l’industrie pourrait faire de la mobilité sociale un moyen de différenciation et d’attractivité.

Elle gagnerait ainsi en compétitivité – son premier objectif – et les collectivités locales, bénéficiaires actuellement de la part majoritaire des impôts de production, trouveraient intérêt dans la montée en qualification des actifs de leur territoire employés dans l’industrie, avec les retombées induites aux plans social, économique, culturel… Malgré l’extrême tension existant désormais sur les finances publiques, nationales et territoriales, à la suite de la crise de 2020, la promesse de réduction des impôts de production ne doit pas être perdue de vue et leur usage – partiel –, évoqué ici, devrait être envisagé.

Et les technologies dans tout ça ?

Il convient, pour conclure, de souligner l’importance des technologies numériques qui contribuent, avec un accompagnement humain, à réduire les handicaps des petites et moyennes villes ainsi que des territoires ruraux où se trouvent plus de 20% du potentiel industriel français.
Peuvent être cités le très haut débit, les technologies 4.0  qui permettent d’imaginer de petites structures de production maillant les territoires , le télétravail ainsi que les technologies éducatives et la télémédecine, toutes deux sous certaines conditions de présence humaine, l’émergence d’une économie de services qui peut jouer en faveur des territoires de l’industrie qui se trouvent hors des grandes aires urbaines. La pandémie du covid-19 a montré, en de multiples directions, les apports des technologies numériques. Sans négliger la place de l’homme au cœur des systèmes techniques, elles seront incontournables, bénéficiant d’une diffusion élargie et approfondie dans l’ère nouvelle.

A côté des technologies numériques, celles qui sont liées à l’écologie et au développement durable créent de nouvelles activités dans les zones rurales et les aires périurbaines. Cela rend ces métiers et ces territoires plus attractifs pour ceux qui trouvent là un sens à leur vie professionnelle, en particulier parmi les jeunes générations.

[1] Cette initiative serait différente de celle des « campus connectés », aujourd’hui treize tiers-lieux gérés par des collectivités locales, permettant de suivre des enseignements à distance, mais qui ne sont pas des composantes décentrées d’écoles ou d’universités ; ces « campus » ne sont pas intégrés à leur stratégie de développement territorial et pas pris en compte (dans tous les sens de l’expression) par ces établissements. Les travaux pratiques en atelier ou laboratoire n’y sont pas possibles ce qui exclut des « campus connectés » actuels de nombreuses formations à vocation industrielle.