Quand on parle burnout, on pense à l’épuisement professionnel et donc à l’entreprise dans laquelle on s’épuise. Mais loin de répondre à toutes les questions sous-jacentes du burnout par la (sur)charge de travail en entreprise, cette approche n’est en fait que la face émergée de l’iceberg qui a pu nous amener à couler…

Cadre financier et élève de CP : même travail !

Le travail ne débute pas dans notre vie par notre premier emploi. En effet, il faut distinguer le travail salarié ou non salarié et rémunéré, du travail lui-même qui est le fait de fournir un effort pour un résultat visé. Si on travaille effectivement dans notre job, les animaux aussi travaillent, comme un chien d’assistance le fait avec une personne mal voyante ou à mobilité réduite. Mais les matériaux travaillent également, comme le bois selon les saisons. Et on aime le « travail » de tel ou tel artiste, sachant que De Vinci n’avait pas la notion de « travailler » quand il peignait. Et entre deux cours de musique, on demande à notre enfant s’il a travaillé son piano… Il s’agit donc toujours d’effectuer un « travail », c’est-à-dire de fournir un effort pour un résultat, indépendamment de la question du salariat ou de la rémunération.

Ainsi, il n’y a pas de différence entre quelqu’un de 30 ans qui travaille en faisant des mathématiques appliquées à la finance dans une banque, un étudiant de 20 ans qui travaille les mathématiques appliquées à la finance mais dans le cadre de ses études, une élève de classe de 5ème qui bosse ses maths, et notre enfant de 6 ans, en classe de CP, qui fait aussi des mathématiques pour résoudre des problèmes financiers : combien reste-t-il d’argent si on a 20 euros et que l’on achète un livre à 6 euros.

D’ailleurs, quand vous allez chercher votre enfant à la sortie de l’école primaire, vous ne lui dites-pas : « mon chéri, ma chérie, t’es-tu bien amusé(e) aujourd’hui ? » Non, vous lui dites : « est-ce que tu as bien travaillé aujourd’hui à l’école, est-ce que tu as bien écouté ta maîtresse, est-ce que tu as bien fait tout ce qu’elle t’a demandé de faire… »
Et avant sa première rentrée scolaire en petite section de maternelle, on le briefe : il faudra être sage, bien écouter la maîtresse, faire tout ce que la maîtresse te demandera de faire… C’est ainsi que l’école structure notre rapport au travail dès notre plus tendre enfance par cette injonction à obéir, et à faire tout le travail qu’on nous demande de faire. Et c’est encore mieux vu si on ose faire des exercices en plus de ceux donnés par l’enseignant !

La charge de travail : un long crescendo…

Mais si votre enfant est au lycée, et que tous les soirs de la semaine il vous dit qu’il n’a pas de « travail » à faire à la maison, vous allez penser qu’il vous ment ! S’il vous dit chaque vendredi soir qu’il n’a pas de boulot pour le lundi, vous aller douter de lui. Et s’il n’a jamais d’exercices ou de leçons à faire pendant les petites vacances, vous allez croire qu’il dissimule le travail à faire.

Mais si vous constatez qu’il dit vrai, que ses enseignants ne lui donnent jamais de travail à faire le soir après sa journée de travail scolaire, ni le week-end et ni durant ses vacances, alors vous allez penser que ses enseignants ne sont pas sérieux, qu’ils ne sont pas de bons profs, et qu’il faut le/la changer de lycée au plus vite !
Car, depuis le CP, on sait que travailler, c’est faire sa journée de travail, plus quelques minutes le soir à la maison quand on est en CP, plus quelques dizaines de minutes quand on est en 6ème, et quelques heures quand on est au lycée…

Ainsi, notre construction psychologique de travailleur se fait avec cette injonction d’obéir à la charge de travail qui nous est imposée, bien au-delà du cadre de la seule journée faite sur le lieu de travail, et qui est celle de l’école en premier lieu. Le paroxysme est de donner des cahiers de vacances à ses enfants : véritable oxymore que si peu entendent…

Le burnout : être conforme aux valeurs enseignées ?

La difficulté est alors d’oser se soustraire de ces valeurs tant mises en avant durant nos années de formation : engagement, persévérance, investissement de soi, labeur. Qu’un cadre décide de quitter le bureau à 17h30, et il sera mal vu. On suspectera qu’il n’a pas fait tout son travail, on lui prêtera un manque d’engagement, d’investissement pour son entreprise. Alors qu’il suffit de passer nos frontières pour constater qu’un cadre qui ne quitte pas le bureau en fin d’après-midi, mais à 19h, suscitera plus d’inquiétude que de félicitations.

Et ces valeurs d’investissement et de labeur sont présentes dès le début de notre construction de travailleur. Si un élève de collège travaille 2h tous les soirs pour avoir 12 de moyenne générale, il sera félicité pour sa motivation et son investissement alors que cela évoque plutôt des difficultés d’apprentissage. Mais qu’un élève de la même classe ait 16 de moyenne générale en ne faisant quasiment rien, on le taxera d’élève peu investi, qui se repose sur ses facilités, et on lui reprochera de ne pas travailler, c’est-à-dire de ne pas faire d’efforts.

Mais qu’attend-on finalement du travailleur : qu’il ait de bons résultats en fournissant le moindre effort, signe qu’il est très adapté à ses tâches (et réciproquement), ou qu’il fournisse beaucoup d’effort même s’il a des résultats moyens ? Autrement dit, qu’est-il valorisé dans notre société : la pénibilité à réussir ou non la réussite elle-même. C’est qui peut précisément être à la base du fameux « syndrome de l’imposteur » qui fait que réussir facilement dans son job là où les autres ont plus de mal produit un sentiment d’illégitimité. Alors prenons soin de nous.




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Spécialisé en management, santé, RPS et QVT, Sébastien Vaumoron accompagne les entreprises, fait également de l'analyse de pratique dans le secteur médico-social et éducatif, et assure la formation en entreprise (TPE-PME, grands groupes, Fondations) et à l'Université. Auteur « Paradoxes du burnout - Mieux comprendre elles dessous de sa mécanique » et « Tests de QI : et que faire après ? » Titulaire de 3 Masters "Sciences sociales" à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales de Paris, "Psychanalyse" à l’Université de Paris 8 ; "Management des équipes, Santé et QVT" à l’IAE de Tours ; Master 2 de Philosophie du travail en cours à l'Université de Reims (2021-2022), et de 4 Diplômes d’Université (Psychiatre infantile à la faculté de médecine de Paris 5 - hôpital Necker ; Alcool et société à faculté de médecine d’Angers ; Psychologie criminelle et profilage à l’Université de Toulouse. - Droit du Travail Appliqué à l'Université de Bourgogne. )