Les bienfaits de l’activité physique sur la santé ne sont plus à démontrer. Pourtant, cet aspect reste négligé par la nouvelle loi sur la prévention santé au travail tout juste entrée en vigueur le 31 mars dernier, et très peu d’entreprises proposent à leurs collaborateurs des activités en ce sens. Il est temps de penser la prévention santé de manière plus active, plus inclusive, en proposant aux salariés une activité physique accessible à tous. Il s’agit de les placer dans une posture d’acteurs engagés pour leur santé, et non plus de destinataires passifs de messages médicaux.

Seulement 14% des entreprises proposent des activités physiques ou sportives à leurs salariés

Meilleure santé physique, mentale, prévention des TMS, des risques psychosociaux… plus personne ne peut ignorer les bienfaits de l’activité physique, les chefs d’entreprise pas plus que les autres. Seulement voilà : seules 14% des entreprises proposent des activités physiques ou sportives à leurs salariés. Pourtant, lorsqu’elles le font, les résultats s’avèrent probants : 94% des salariés jugent positivement ce type d’initiative, et l’employeur y trouve aussi son compte. L’absentéisme diminue de 5,6 %, les dépenses de santé de plus de 300 euros par an et par personne, et le turnover baisse de 3,2 %. Symétriquement, la productivité progresse de 6 % à 9 %[1].

Alors, comment expliquer alors que si peu d’entreprises proposent ce type de dispositif ? Une certitude en tout cas : la loi sur la prévention santé au travail, entrée en vigueur le 31 mars dernier, ne risque pas d’arranger les choses. Pourquoi ? Parce qu’elle n’évoque aucune action concrète de prévention santé que le salarié pourrait mener volontairement. Elle se contente de renforcer les obligations de l’employeur en termes de suivi médical et de formation à la prévention des risques. Des actions certes utiles, mais qui placent le collaborateur dans une posture passive, de réception plus ou moins convaincue de messages descendants. Le contraire d’une prise en charge individuelle, active, de la prévention santé. Le contraire d’une intégration de réflexes de prévention santé -activité physique ou autre – aux habitudes quotidiennes.

Sport et activité physique, deux notions radicalement différentes

Cette loi mise à part, il existe pourtant certaines incitations au développement de l’activité physique en entreprise : ainsi, depuis mai 2021, les employeurs mettant à disposition de leurs salariés des équipements sportifs, ou finançant des cours, bénéficient d’une exonération de charges[2]. Problème : cette disposition reste peu appliquée, car méconnue des employeurs. Et surtout, elle ne concerne que le sport avec un grand S, celui qui exige condition physique, temps, motivation et entraînement régulier.

Or, l’activité physique, celle qui fait vraiment la différence au quotidien, et joue un rôle effectif en matière de prévention santé, ne se limite pas au sport : marcher, monter les escaliers ou jardiner compte aussi, et s’avère en tout cas préférable à la station prolongée assis ou allongé. Limiter l’activité physique au sport revient à creuser un fossé grandissant entre les « vrais » sportifs et les personnes les plus touchées par la sédentarité. Parmi elles, on compte avant tout des CSP, des femmes, des jeunes peu diplômés[3] : autant de populations concernées, en principe, par les politiques inclusives de l’entreprise… mais laissées de côté en l’occurrence.

Comment mener une politique de prévention santé efficace, inclusive et porteuse de lien

Alors, que faire ? Comment mener une politique de prévention santé en entreprise à la fois efficace, inclusive et porteuse de lien entre salariés ? Tout d’abord, en responsabilisant ces derniers : rien ne sert de multiplier les visites médicales si aucune action concrète n’est entreprise, en parallèle, par l’individu lui-même pour prendre soin de sa santé. Ensuite, en offrant aux salariés des possibilités d’activité physique variées, accessibles à chacun, quels que soient son âge, son poids, ses aptitudes ou ses envies. Aucune politique de santé ne peut se mener sans l’engagement des individus concernés. Les entreprises, terreau d’engagement des individus, ont ici leur rôle à jouer. Et une motivation supplémentaire à apporter à leurs salariés.
[1] Medef 2015 et 2018
[2] Dans une limite annuelle égale à 5 % de la valeur mensuelle du plafond de la Sécurité sociale (soit 171 euros) multipliée par l’effectif de l’entreprise.
[3] Etude ANSES mars 2022




Article précédentComment organiser un événement d’entreprise ?
Article suivantFormation 100 % à distance : laquelle choisir ?
Diplômé de l’ESSCA (master en gestion des ressources humaines) il fonde Kiplin en 2014, après avoir été manager exécutif senior chez Michael Page. Entouré d’un comité scientifique constitué de personnalités du monde de la santé, du digital et du traitement des données, il développe son entreprise à travers deux axes essentiels. - le sport-santé digital à destination des salariés, via les DRH, et le développement de l’activité physique adaptée pour les patients atteints de pathologie chroniques, en partenariat avec des établissements de santé. Promoteur d’une activité physique inclusive, Vincent Tharreau a fixé à Kiplin une mission à impact : réduire la fracture entre les patients qui ont accès à des soins et ceux qui n’en ont pas. Kiplin est labellisée Entreprise Solidaire d'Utilité Sociale (ESUS) depuis novembre 2020.