Co-présidente avec Françoise Berthon de l’Association femmes diplômées d’expertise-comptable administrateurs (Afeca), Marie-Ange Andrieux explique dans cette interview exclusive les actions prioritaires qui vont être menées en 2014 par l’association en faveur de la parité des femmes dans les conseils d’administration et l’importance de se positionner à l’international pour échanger les pratiques de bonne gouvernance via des réseaux comme  European Women on Boards (EWoB).

Quelles vont être les actions prioritaires menées en 2014 par l’Afeca ?

Nous entendons transformer la contrainte quantitative de la loi Copé-Zimmermann (ndlr : 20% de femmes dans les conseils d’administration fin 2014 et 40% en 2017) en opportunité qualitative : recruter  de nouveaux profils féminins dans un conseil permet de diversifier sa composition  avec des compétences, des expertises, des savoir-être répondant à ses enjeux décisionnels stratégiques et d’améliorer la gouvernance. D’après l’étude menée par le cabinet Gouvernance et Structures en partenariat avec l’Afeca (et également l’Ifa et le groupe Caisse des Dépôts), même si le taux moyen de femmes dans les conseils est encourageant (23,4%), des efforts importants restent à faire  essentiellement dans les mid et small caps : 81% de ces sociétés n’ont pas encore atteint le seuil de 20% (vs 15% pour les big caps et 4% pour le CAC 40).

Nous souhaitons contribuer à sensibiliser  les dirigeants du SBF 250 (hors CAC 40)  à la valeur ajoutée apportée par les femmes dans le CA et ses comités et rendre visible notre vivier de femmes « mandatérisables ». Pour les sociétés plus petites et moyennes, notre réseau d’une douzaine de délégations régionales (avec des déléguées nommées en février dernier) devrait développer une dynamique de proximité locale auprès de ces entreprises et des acteurs économiques et financiers territoriaux.  Nous mobilisons ainsi notre réseau au service de l’efficience du « marché » des mandats d’administrateurs. Enfin, nous poursuivrons notre investissement dans les actifs intellectuels sur ces enjeux avec notre Observatoire de la parité dans les conseils d’administration, en partenariat avec la Chaire en gouvernance de l’ESC Dijon, qui délivre trois études approfondies sur la place des femmes dans les sociétés cotées des compartiments A et B, du compartiment C (les small caps) et dans les comités du conseil d’administration.

Que peuvent apporter les femmes experts-comptables dans les CA ?

Nous avons la conviction qu’entrer au conseil d’administration (CA) d’une société pour une femme n’est pas une fin en soi, mais un levier de performance du conseil et de compétitivité de l’entreprise. Dans le cadre des travaux du CA, et plus particulièrement au sein du comité d’audit, nous pouvons apporter une valeur ajoutée dans des domaines qui se complexifient avec les tensions accrues de l’environnement économique et concurrentiel : la capacité d’analyse des enjeux stratégiques et des opérations structurantes impactant les fondamentaux de la valeur de l’entreprise (fusions & acquisitions, projets majeurs d’investissement et de financement), le savoir-faire en analyse des risques, la maîtrise de l’information financière et extra-financière, la valorisation des actifs matériels et immatériels.

Notre éthique professionnelle et nos valeurs, largement reconnues par la communauté des affaires, sont en forte résonnance avec les qualités exigées d’un administrateur en matière d’indépendance d’esprit (au-delà des critères formels) et de transparence, facteurs de confiance. Par ailleurs, pour optimiser la qualité de notre contribution aux CA, les membres de notre association ont accès à des formations à la fonction d’administrateur ainsi qu’aux « soft skills », en vue de développer leur capacité à travailler en plateforme d’intelligence collective et à intégrer les valeurs de l’entreprise.

Faut-il aussi se rendre visible à l’international ?

Il est essentiel de développer notre positionnement à l’international pour s’enrichir de plateformes d’échanges de bonnes pratiques de gouvernance et de business models innovants de compétitivité.  Dans cette perspective, l’Afeca est membre affilié de  l’European Confederation of Directors’ Association (Ecoda) pour être au cœur des meilleures pratiques et des perspectives de gouvernance européennes et internationales. Afeca est également membre fondateur de  l’association européenne EWoB (European Women on Boards), que je co-préside, un réseau d’organisations à but non lucratif visant à promouvoir l’accès des femmes hautement qualifiées aux CA des entreprises en Europe, en favorisant notamment les mandats « croisés » entre pays. Outre l’Afeca, quatre autres associations sont membres en Belgique, Finlande, Norvège et Royaume-Uni , l’objectif étant d’étendre la couverture à toute l’Europe. EWoB a pour objectif de devenir le réseau de référence pour les femmes administratrices en Europe. Avec seulement 15% de femmes administratrices non executives dans les sociétés cotées européennes, il y a un véritable enjeu ! !

(Propos recueillis par Sophie Lhameen)



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Sophie Lhameen, journaliste multimédia (web et print), a travaillé pendant 15 ans comme journaliste spécialisée sur l'Afrique avant de devenir en 2008, rédactrice en chef adjointe du magazine Le MOCI (Moniteur du commerce international) jusqu'en janvier 2013. Ses centres d'intérêt : l'entreprise, le management, les ressources humaines, l'emploi, l'économie, l'intelligence économique et de l'international. Google+