Thierry Breton : concepteur du Futuroscope, ex-PDG d’Atos, Thomson, France Telecom, ex-ministre de l’Économie…   Ce grand dirigeant français a vécu de multiples vies. Il est aujourd’hui commissaire européen et part en guerre contre les GAFAM. Portrait.

Mettre fin à l’irresponsabilité des géants du numérique 

En 2019, après le refus par le Parlement de la candidature de Sylvie Goulard au poste de commissaire européen, le Président de la République, Emmanuel Macron, propose celle de Thierry Breton. La fiche de poste concerne le marché intérieur, le numérique, la politique industrielle, la défense et l’espace. L’homme d’affaires accepte de lâcher les rênes d’Atos pour se consacrer à l’UE, sa nomination devenant effective le 1er décembre 2019. Dès son arrivée au poste de commissaire européen, Thierry Breton déclare : « Les GAFAM sont trop gros pour ne pas s’en soucier », et décide de prioriser ce sujet.
Lui et son équipe s’affairent à concevoir une législation spécifique et le 15 décembre 2020, celle-ci est publiée via les projets Digital Services Act (DSA) et Digital Markets Act (DMA). Elle concerne la surveillance des grandes plateformes au sujet de leur extension, de leur gestion des données personnelles et des procédés qu’elles utilisent pour lutter contre la désinformation. Plus largement, elle vise à « mettre fin à l’irresponsabilité des géants du numérique ». Par cette législation et ces termes incisifs, Thierry Breton affirme sa volonté de contraindre les GAFAM à respecter les règles de l’Union, en matière de régulation des pratiques et de protection des citoyens. Les DSA et DMA devraient entrer en vigueur en 2022.

Un début de carrière comme prof’ à New York

Thierry Breton est né en 1955 à Paris. Après le bac, il intègre les classes préparatoires aux grandes écoles et rejoint Supelec (École supérieure d’électricité) dont il obtient le diplôme d’ingénieur en 1979 puis commence sa carrière comme professeur de mathématiques et d’informatiques au lycée français de New York. Rapidement, le jeune Thierry Breton se révèle hyperactif, touche-à-tout. Il monte sa première entreprise appelée Forma System, spécialisée dans l’analyse de systèmes informatiques.

Une rencontre historique pour la naissance du Futuroscope

Thierry Breton dirige Forma System de 1981 à 1986, date à laquelle il passe le flambeau pour démarrer une nouvelle mission historique et challengeante : celle de chef de projet du Futuroscope, alors en état de conception. Cette promotion provient de sa rencontre avec André Monory, le Président du conseil régional du Poitou-Charentes et fondateur du Futuroscope. Les deux hommes partagent les mêmes convictions politiques et économiques ; les compétences hors du commun de Thierry Breton séduisent André Monory. De 1986 à 1990, Thierry Breton travaille donc comme chef de projet. Outre le Futuroscope, il contribue à la création de l’aire d’activités technologiques qui deviendra la technopole du Futuroscope. Durant cette période, il est également conseiller régional du Poitou-Charentes, aux côtés d’André Monory.

Retour à l’informatique et à la direction d’entreprises

Après avoir participé au grand projet du Futuroscope, Thierry Breton retourne à ses premières amours et à la direction d’entreprise, il devient directeur général de la société CGI spécialisée dans l’analyse des systèmes informatiques de 1990 à 1993, puis passe chez Bull – société historique d’informatique créée en 1930 – comme directeur de la stratégie et du développement.
À cette date, l’entreprise subit de grandes difficultés financières, mais Thierry Breton redresse la barre, en devient vice-président du conseil d’administration puis directeur général. En 1996, il négocie la fusion de la filiale micro-informatique de Bull avec Packard Bell.

Sous Thierry Breton, Thomson passe de 1 franc à 100 milliards de francs de valorisation

Cette expérience lui donne peut-être le goût du sauvetage d’entreprise. Il accepte la présidence de Thomson en 1997 alors que la société est valorisée 1 franc symbolique, il l’amènera à la valeur de 100 milliards de francs en 2002. Pour cette performance exemplaire, Thierry Breton est élu
« Stratège de l’année » par La Tribune, son surnom devenant « le redresseur d’entreprise ».

Sous Thierry Breton, France Telecom passe de 70 à 40 milliards de dettes

En 2002, le gouvernement propose à Thierry Breton le poste de PDG de France Telecom. alors  endetté à hauteur de 70 milliards d’euros après l’éclatement de la bulle Internet. On dit même que France Telecom est « l’entreprise la plus endettée du monde ». Le challenge est de taille et Thierry Breton, une fois de plus, redresse la barre à coups de cessions, refontes, réduction des coûts, recherche et développement, plan « Internet haut débit pour tous » (en 2003) …
Sur fond de privatisation et de négociation (réussie) avec le gouvernement pour maintenir le statut de fonctionnaire aux employés France Telecom devenu fonctionnaire-employé.
En moins de 3 ans, Thierry Breton abaisse la dette de l’opérateur sous la barre des 40 milliards d’euros. Lorsqu’il quitte l’entreprise, il y est nommé président d’honneur, car il refuse de percevoir ses indemnités de départ alors équivalentes à vingt et un mois de salaire brut.

Créateur de la déclaration de revenus préremplie sur Internet

En 2005, Thierry Breton est nommé ministre de l’Économie sous la présidence Jacque Chirac. Il est à l’initiative de la loi sur la modernisation de l’économie destinée à favoriser l’accès des PME aux marchés financiers. Il est aussi à l’initiative de la déclaration de revenus préremplie sur Internet.

Thierry Breton et l’ascension d’Atos

En 2008, il est nommé Président du directoire d’Atos Origin (rebaptisée Atos par la suite), société spécialisée dans les services numériques. Il en devient ensuite PDG et réalise de nombreuses opérations, notamment le rachat du groupe allemand Siemens, faisant passer Atos à une échelle bien supérieure à ce que l’entreprise était, le rachat de Bull ou encore de Xeros ITO. En mars 2017, le groupe Atos est intégré au CAC 40. 

Une vie hyperactive en parallèle

En parallèle, Thierry Breton a également écrit plusieurs ouvrages durant sa vie (« Softwar », « Vatican III », « La Fin des illusions », « La Dimension invisible »…). De 1997 à 2005, à côté de ses missions de PDG de Thomson puis de France Telecom, il préside l’Université de technologie de Troyes, enseigne de 2007 à 2009 le management et l’économie aux États-Unis, à la Harvard Business School.
Depuis 2018, il est président du comité stratégique de Sorbonne Université et il est à l’initiative de l’une des plus grandes collectes de fonds d’Europe, en cours jusqu’en 2022 dans l’optique d’accélérer les grands projets scientifiques.
Thierry Breton est le seul PDG français à avoir introduit 3 sociétés au CAC40 : Thomson, France Telecom et Atos.
Sources : https://www.economie.gouv.fr/digital-services-act-et-digital-markets-act https://fr.wikipedia.org/wiki/Thierry_Breton