Résilients, prudents et matures, que manque-t-il aux entrepreneurs de nécessité pour réussir ? Comment activer un potentiel entrepreneurial construit dans la douleur ? Quelles composantes leur font réellement défaut et comment y pallier ? 

L’INSEE recense 848 200 créations d’entreprises en 2020, soit 4% de plus qu’en 2019, chiffre qui laisserait penser que le mythe Schumpeterien donne des ailes à une partie significative des professionnels de notre pays. Pourtant, à y regarder de plus près, on observe une percée de +22% de création d’entreprises dans les activités de transports et entreposage (dont par exemple les livreurs), au détriment d’activités plus spécialisées, et seules 7% de ces entreprises ont des employés au moment de leur création. Sans surprise, et comme l’illustre une étude de l’université de Stanford, la création d’entreprise augmente pendant les périodes de récession, à l’instar de 2020 qui a enregistré une chute de 8,3 points de PIB.
S’il est indéniable que la création du statut d’auto-entrepreneur en France en 2008 a permis une simplification administrative habilitant tous à devenir entrepreneurs, nombreux seraient ceux qui vivent sous le seuil de pauvreté. En 2016, l’INSEE avance que le chiffre d’affaires moyen des micro-entrepreneurs était de 9 816 euros par an. Certes, 30% des micro-entrepreneurs sont salariés. Certes, c’est loin d’être la réalité de tous, loin de là. Néanmoins, les chiffres laissent entrevoir une réalité plus compliquée qu’il n’y paraît.

Les golden boys and girls… 

Dans un pays où le CDI reste un graal, l’écosystème entrepreneurial, guidé par une élite bien informée quant aux outils financiers, aux bonnes pratiques et bien interconnectée, a véhiculé bon gré mal gré, une image aux limites de la caricature, d’entrepreneur à qui tout réussit, souvent golden boy ou golden girl, qui tire immédiatement une leçon précieuse de ses rares échecs (s’il/elle a le bon goût d’en faire part) à travers un storytelling à faire pâlir Don Draper lui-même (personnage de publicitaire culte de la série Mad Men).

Chemise rigoureusement blanche, jean sans accroc (et éventuellement marinière en clin d’œil au Made in France), il incarne une version culturellement ajustée du héros schumpétérien, avide de risque et soucieux de défier le statu quo par la création d’entreprise. Dynamique de rupture surprenante que de défier l’establishment pour ces profils de bons élèves, qui, il y a quelques années encore, auraient fait le choix d’une brillante carrière dans des univers plus corporate.  

Ces figures sont surtout de représentations actuelles de l’entrepreneuriat d’opportunité, qui consiste à flairer des occasions de faire de bonnes affaires et de les transformer en activité rentables. Elles découlent du choix et du risque calculé, valeurs saluées et érigées en modèle. Il est pourtant à se demander si une bonne partie de l’écosystème entrepreneurial français n’est finalement pas complètement aux antipodes de ce mythe.

… et les autres 

Nettement moins lisses, à l’image du livreur qui sur son scooter ravitaille en sushis à 23h, la femme (ou l’homme) de ménage en portage salarial, l’ingénieur étranger qui ne parvenant pas à faire valider ses diplômes en France, se reconvertit en conducteur de VTC, le cadre de cinquante ans jugé (déjà) trop âgé pour se faire embaucher : ces autres entrepreneurs n’ont pas réellement choisi de devenir acteurs de la gig economy et pour certains le salariat demeure un rêve inaccessible pour de multiples raisons. Ils ne correspondent en rien à l’idéal entrepreneurial, statut auquel ils n’aspirent pas. En rien ? Cela reste à prouver…

On les dépeint comme peu enclins à la prise de risque et peu motivés. Et pour cause, il est difficile d’envisager de prendre des risques pour quelque chose qu’on a pas vraiment choisi. Pourtant, ces entrepreneurs de nécessité possèdent plusieurs composantes essentielles à un profil entrepreneurial mature et apte à la création d’entreprises durables. Débarrassés de l’illusion du “tout est un choix” et de la romanticisation du risque, ils ont démontré par la création d’entreprise, une capacité à rebondir dans l’adversité, et pour ceux qui cherchent à se faire remarquer pour une embauche en salariat, un sens de la stratégie inépuisable.
Si ces entrepreneurs de nécessité possèdent des qualités aussi précieuses à la création (et surtout à la pérennisation) d’entreprises, d’autres leurs font néanmoins défaut, bien plus techniques et moins romanesques, et que l’entrepreneur d’opportunité, lui, possède : la maîtrise des instruments financiers.

Leur inculquer la maîtrise des instruments financiers

Victimes de la méconnaissance des instruments financiers à leur disposition (car à l’opposé des golden boys and girls, ils n’ont pas bénéficié d’une culture financière acquise dans le cercle familial ou sur les bancs d’une école de commerce), les entrepreneurs de nécessité se prennent souvent les pieds dans le tapis en matière gestion administrative de leur activité.

La technologie peut les épauler dans la mise en place d’une feuille de route de bonnes pratiques financières, notamment par l’automatisation de tâches chronophages et délicates telles que les relances de paiement (les retards de paiement, étant la première cause de faillite en France).
La centralisation de la gestion financière de leurs activités peut également faire gagner du temps et de la clarté sur l’état de leur micro-entreprise. Nous pourrions même imaginer une technologie issue de l’intelligence artificielle qui extrairait des contrats les obligations contractuelles et leurs échéances pour mettre en place des rappels dans les calendriers et ainsi éviter des renouvellements automatiques et autres dépenses évitables, pour une meilleure gestion.
Enfin, la digitalisation du conseil doit venir renforcer l’assistance proposée par les outils d’automatisation.
« La Providence n’a jamais créé le genre humain ni entièrement indépendant, ni tout à fait esclave. Elle trace, il est vrai, autour de chaque homme, un cercle fatal dont il ne peut sortir ; mais, dans ses vastes limites, l’homme est puissant et libre (…)», écrivait Tocqueville. On ne choisit pas toujours ce que l’on fait. Néanmoins, il arrive que lorsqu’une activité non-choisie fonctionne, qu’elle permet d’améliorer ses conditions de vie, on en vienne à l’aimer et à la redécouvrir sous un jour complètement nouveau. Dans d’autres cas, le coup de pouce externe permet de se recentrer sur l’activation de ses talents, de donner de la visibilité, afin d’édifier la carrière que l’on souhaite dans le salariat. Dans d’autres encore de subvenir à ses besoins pendant que l’on construit une autre carrière encore. A chacun sa définition de la réussite.




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Olivier Binet, Directeur Général de FINOM
Après des études d'ingénierie et de psychologie aux Etats-Unis, Olivier débute dans le digital, aux Etats-Unis d’abord, puis en France à Cambridge Technology Partners. Il rejoint alors le groupe TF1 pour accompagner le lancement des activités de e-Commerce en France et en Turquie. Après un MBA à HEC, Olivier intègre PayPal en tant que Chef de l’Innovation pour l’Europe Continentale, puis évolue au poste de Chef du développement commercial en France. Olivier se concentre alors sur l’accompagnement à la transition numérique des entreprises et la monétisation de leurs stratégies multicanales. A l’été 2014, InPost, le leader mondial des consignes automatisées consacrées au e-Commerce, décide de s’étendre en France et demande à Olivier de créer et de diriger l’équipe. En décembre 2017, après le rachat d’InPost et de The Integer Group par Advent International, Olivier est nommé Chef pour les Marchés Internationaux, en charge de toutes les unités extérieures à la Pologne