Santé mentale au travail : 840 000 morts par an, et le mauvais réflexe des dirigeants

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Santé mentale au travail : 840 000 morts par an, et le mauvais réflexe des dirigeants

Le chiffre est tombé fin avril, et il a beau être mondial, il dérange. Selon le rapport de l’Organisation internationale du travail publié le 22 avril dernier, plus de 840 000 personnes meurent chaque année de pathologies liées aux risques psychosociaux au travail : maladies cardiovasculaires, troubles mentaux, suicide. Le coût pour l’économie mondiale est estimé à 1,37 % du PIB. À peine la une quelques jours, déjà oublié. C’est précisément là qu’est le problème.

Je préside un service de prévention et de santé au travail, et je voudrais dire à mes pairs dirigeants une chose simple : la santé mentale au travail n’est pas un dossier RH. C’est un sujet de direction. Tant qu’on la traite comme un sous-traitant des ressources humaines, on perd du temps, on perd de l’argent, et — disons-le — on perd des gens.

Ne nous arrêtons pas aux actions visibles

Le rapport de l’OIT est lumineux sur un point : les risques psychosociaux ne naissent pas d’une fragilité des individus. Ils naissent d’un travail mal conçu ou mal organisé. Le réflexe naturel, face à cette réalité, est de proposer des dispositifs d’accompagnement individuel : une ligne d’écoute, une appli de méditation, une journée dédiée au bien-être, un baromètre régulier. Ces initiatives sont utiles, et de plus en plus d’entreprises s’en saisissent, ce dont il faut se réjouir. Mais elles ne suffisent pas, parce qu’elles agissent sur les conséquences et non sur les causes. Tant qu’on n’examine pas, en parallèle, la charge de travail, le niveau d’autonomie réelle, la clarté des rôles ou la qualité du management, on traite les symptômes sans toucher au mal.

5 questions à se poser ce trimestre

L’OIT identifie cinq grands facteurs qui font basculer un environnement de travail en zone à risque : la tension professionnelle (des exigences élevées associées à un faible contrôle), le déséquilibre entre les efforts fournis et les récompenses perçues, l’insécurité de l’emploi, les longues heures de travail, et le harcèlement ou la violence au travail. Cette grille a l’avantage rare d’être opérationnelle. Pour un dirigeant, l’exercice tient en une heure de comité : sur chacun de ces cinq points, où se situe mon organisation ? Sur certains, vous saviez déjà. Sur d’autres, vous serez surpris. Dans tous les cas, vous tenez là une feuille de route claire pour les douze mois qui viennent.

L’IA arrive : votre organisation est-elle prête
à l’absorber ?

L’OIT insiste sur un point qui devrait parler à tout dirigeant : la numérisation, l’intelligence artificielle, le télétravail et les nouvelles formes d’emploi redessinent l’environnement psychosocial du travail. Concrètement : le moment où vous déployez un nouvel outil d’IA dans vos équipes est exactement le moment où vous devriez vous demander ce qu’il fait à leur charge mentale, à leur sentiment d’utilité, à leur sécurité. La technologie n’est jamais neutre sur ce plan. Elle amplifie une organisation saine. Elle aggrave une organisation déjà sous tension.

3 leviers pour reprendre la main

D’abord, faire monter la santé psychosociale à l’agenda du comité de direction, pas seulement à celui des RH. Au même titre que la marge ou le turnover, c’est un indicateur de pilotage. Ensuite, associer son service de prévention et de santé au travail en amont des décisions d’organisation, et pas seulement quand une difficulté est déjà installée. Au CIAMT, nous voyons chaque jour des entreprises engagées, qui ont mis en place beaucoup de choses pour leurs équipes ; notre valeur ajoutée est de les aider à articuler ces dispositifs avec une lecture organisationnelle, pour que la prévention primaire vienne renforcer ce qui existe déjà. Enfin, mesurer ce qui compte. Un diagnostic des risques psychosociaux conduit par des experts, refait à intervalle régulier et débouchant sur des décisions concrètes, permet de transformer la donnée en action.

840 000 morts par an, c’est une statistique mondiale, presque abstraite. Mais derrière ce chiffre, il y a des équipes, des entreprises, des dirigeants bien réels. La bonne nouvelle, c’est qu’ils ont infiniment plus de prise qu’ils ne le pensent – à condition d’aborder la santé mentale pour ce qu’elle est : une question de conception du travail. Donc, par définition, une question de direction.

 

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