On peut parfois avoir l’impression d’être submergé par les 6 recettes, 7 conseils, 5 astuces et les 8 règles à suivre si on veut être un bon manager ou un véritable leader. Alors, pourquoi ne pas s’en tenir à une posture simple mais pas simpliste qui résume le tout et aide à garder le cap quand ça tangue : bon sens et pragmatisme !

Bien-sûr de nombreux articles sont très pertinents dans leur démonstration et leur apport de contenus quant à l’art de diriger, ou de développer et accompagner une équipe ! Néanmoins, l’infobésité dilue la portée des messages, et lorsque l’on est confronté à une situation d’urgence, de crise ou de tensions relationnelles, il n’est pas toujours simple de se rappeler le contenu de ces articles. Et encore, si on a suffisamment de temps pour intégrer cette lecture dans un quotidien chargé !

Néanmoins, il existe une posture efficace, accessible à tous et facile à mémoriser : celle qui consiste à rester pragmatique et agir avec bon sens. Un peu décalé ? Un peu simpliste ? Cette proposition de positionnement permet pourtant de synthétiser beaucoup de concepts évoqués en matière de leadership et management, et de tenir la barre quand la tempête se lève dans l’entreprise…

Qu’entend-on par « bon sens et « pragmatisme » ?

Qu’est-ce que le « bon sens » ? Suivant le Larousse, c’est le « sentiment de ce qui est raisonnable » ou « la capacité de juger sainement ». Là, on est dans la lignée de Descartes, selon qui «Le bon sens est la chose la mieux partagée », et « C’est la puissance de bien juger, de distinguer le vrai du faux ».

Henri Bergson va plus loin, il estime que le bon sens est une « disposition active de l’intelligence » ; sa conception de l’intelligence n’est pas exactement celle que l’on conçoit habituellement, mais plutôtune forme d’intuition, de capacité à discerner et de courage d’apprendre. Et pour lui, le bon sens est une forme d’équilibre entre la réflexion et l’action.

Quant au pragmatisme, sa définition pour le Larousse est l’« attitude de quelqu’un qui s’adapte à toute situation, qui est orienté vers l’action pratique » . Et il existe même un courant philosophique venant des Etats Unis, affirmant que le pragmatisme est une méthode de pensée selon laquelle penser une chose consiste à en distinguer toutes les implications pratiques. ( Charles S. Peirce puis William James notamment)

Même si quelques lignes sorties du contexte des écrits de ces philosophes sont simplificatrices, cela permet d’avoir un éclairage sur le lien entre bon sens et pragmatisme. On voit en effet qu’avec Bergson, on se rapproche d’une vision du bon sens imprégnée de pragmatisme et l’on se rend compte que cette représentation ainsi que celle de C. S. Pierce correspondent de manière très moderne à ce qui est attendu d’un manager en entreprise : savoir s’adapter à notre monde complexe, continuer à apprendre, mobiliser son intuition et discerner pour agir avec justesse.

Pourquoi cette attitude est-elle aidante ?

La complexité croissante de notre monde interpelle au quotidien managers et dirigeants : comment mobiliser les énergies au profit du collectif dans un contexte d’individualisation grandissante ? Quelle stratégie financière adopter dans un environnement fiscal mouvant et compliqué ? Comment produire durable et rentable en même temps ? Comment concilier les attentes des investisseurs et celles des collaborateurs ?…

Se comporter de manière pragmatique et avec bon sens, c’est agir avec une boussole dans l’exercice de la fonction managériale et de direction :

  • évaluer les risques et les assumer,
  • décider,
  • motiver,
  • soutenir,
  • faire grandir,
  • construire et partager la vision,
  • représenter l’entreprise.

Dans tous ces actes qui ponctuent la carrière d’un manager, se raccrocher à cette boussole évite de perdre le cap, et donc d’agir sous l’effet de la panique, sous l’influence de certains mauvais conseillers, en omettant des paramètres essentiels, ou en perdant de vue l’intérêt et les préoccupations du collectif que l’on dirige.
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Concrètement, qu’est-ce que cela implique ?

Reprenons les attitudes engendrées par un positionnement de bon sens et le pragmatisme : discerner, s’adapter, avoir le courage d’apprendre.

Discerner : cela implique à la fois d’identifier et de percevoir. Si identifier ou distinguer les choses nécessite une démarche intellectuelle (indicateurs, benchmark, rapports), percevoir relève souvent plus de l’intuition. Comment et pourquoi faire confiance à cette petite voix qui semble avoir des certitudes que nous ne nous expliquons pas ? 85% des dirigeants interrogés pour une étude de la HBR en 2011 disent avoir recours à leur intuition pour prendre une décision. Pour se rassurer quant à la justesse de son intuition, il faut avoir pris un temps de réflexion préalable, précaution qui évite la précipitation irréfléchie.
Discerner, c’est savoir analyser les comportements humains, choisir ses paramètres d’aide à la décision, et avoir une capacité à projeter et anticiper les conséquences de ses décisions.

S’adapter : aux circonstances, à ses interlocuteurs, à l’ambiance, aux évolutions technologiques, réglementaires, … bref, ne pas se figer dans des certitudes, des comportements ou des choix qui, certes, ont été efficaces à un moment, mais qui, le contexte changeant, doivent aussi évoluer en permanence.
Et chercher à agir avec souplesse, garder l’esprit, les yeux et les oreilles ouverts pour rester au contact de la réalité et non dans une représentation erronée ou figée dans une époque révolue. S’adapter, c’est effectuer une démarche volontariste qui consiste à accepter de remettre en cause ses habitudes de fonctionnement et de sortir de sa zone de confort. Pas toujours simple, mais indispensable.

Avoir le courage d’apprendre : apprendre, c’est se laisser enseigner par les autres, et donc avoir une posture humble. On peut apprendre en se formant, mais on peut aussi apprendre en étant au contact des équipes, que ce soit par les experts qui la composent, les personnels expérimentés ou le petit nouveau qui fait son rapport d’étonnement.

La lecture fait aussi partie des sources d’apprentissage, et beaucoup de grands leaders passent un temps important à lire. Du reste, Barack Obama a dit combien la lecture, source d’idées et d’inspiration, l’a aidé à garder les pieds sur terre durant ses deux mandats à la Maison Blanche (interview donnée au New York Times en 2017). Quant à l’humilité qui consiste à accepter d’apprendre des autres, elle fait également partie des attitudes que préconisent un certain nombre d’auteurs (dont Dan Cable) et de dirigeants, qui se mettent dans la peau d’un servant leader, un leader à l’écoute et au service des autres, plutôt qu’en position de toute puissance qui finit par les éloigner des réalités.

En conclusion, agir avec bon sens et pragmatisme est un repère, une boussole, qui permet de trouver la juste posture quand on a besoin de renouer avec l’essentiel dans sa mission de dirigeant et manager. Aller vers plus de simplicité pour affronter la complexité du monde ouvre sans doute la voie à un exercice plus serein et plus incarné des responsabilités.