Immoralité et délinquance financière

Dans son dernier livre “Les Banksters”, Marc Roche dresse le portrait de ces banquiers, financiers et traders usant de méthodes de gangsters. Admirateur du monde financier et de ses opérateurs, le correspondant au journal Le Monde se définit comme un déçu du capitalisme et enquête sur le monde très fermé des banksters, dominé avant tout par l’opacité. Il met en évidence des liens étroits entre le monde de la finance et de la politique, sans oublier la complicité des grands cabinets d’audits. Il décrit un univers dont les pratiques sont souvent immorales et parfois, proches de la délinquance financière avec notamment les nombreux conflits d’intérêts. Punissables pénalement par la loi, ces derniers nous interrogent sur la morale financière et notre avenir. Dans son ouvrage, Marc Roche dénonce qu’aucun grand banquier n’a encore été réellement inquiété et met l’accent sur ce sentiment d’impunité.

Quand plaie d’argent est mortelle

Derrière la face acceptable de la finance, l’univers des traders a changé au fil des années. Concrètement, ils spéculent sur les matières premières impactant directement sur le coût de la vie et sur le montant du panier moyen de la ménagère. Les manipulations sur les taux d’intérêt influencent le livret d’épargne, le coût de crédit et les emprunts immobiliers. Autant de faits devenus une réalité avec les conséquences sur la destruction d’emplois. Ces troubles financiers ont débuté en 2008 avec la faillite de la banque américaine Lehman Brothers et le début de la crise des subprimes.  Depuis, les scénarios ne cessent de s’accroître : citons la vente des parts de Citigroup par George Soros, ces banquiers morts dans des conditions suspectes comme le Directeur général de Goldman Sachs Nicholas Valtz ou le banquier de JP Morgan qui s’est suicidé en sautant du 30ème étage d’une tour.

Les ordinateurs sont les vrais banquiers

En France, le scandale de l’affaire Jérôme Kerviel, ancien trader de la Société Générale, condamné pour une perte de 4,9 milliards d’euros de la banque, relâché le 4 septembre dernier avec le port d’un bracelet électronique n’est que l’écume d’un phénomène plus profond. Pour Marc Roche, la sphère financière est devenue une bombe à retardement, les dysfonctionnements sont toujours là, entre impunités à répétition et majorations de bonus par exemple. Au delà des hommes, les machines aussi ne sont pas toujours les bienvenues. Aujourd’hui, les ordinateurs deviennent de vrais banquiers, les deux tiers des opérations de transactions boursières aux Etats-Unis sont faits directement par des robots. Un pari osé, pouvant mettre en danger la sphère mondiale si une panne informatique venait à se manifester. En conclusion le journaliste nous alerte sur le fait que le comportement des opérateurs financiers n’a pas changé, comme on le voit avec les derniers scandales. Les banques sont actuellement toujours plus grosses, ce qui nous met peut-être à la veille d’une nouvelle crise financière.
“Les Banksters”, Albin Michel.