Gouroutisme à l’écran, accompagnement éthique dans la vie réelle : Comment la PNL préserve autonomie et discernement ?

Paul Pyronnet décrypte les limites de l’influence ou comment coachs, manageurs accompagnent sans créer de dépendance ? Paul Pyronnet, rappelle que le rôle des coachs est clair : accompagner de manière responsable, en guidant et en transmettant des outils tout en laissant aux personnes le pouvoir de décider par elles-mêmes. Un bon accompagnement ne crée pas de disciples. Il révèle des individus capables de penser, ressentir et agir par eux-mêmes. La PNL devient alors un moyen de développer le discernement, éviter les dérives sectaires et soutenir l’autonomie plutôt que la dépendance. Loin de tout contrôle ou manipulation, elle apprend à chacun à élargir ses possibles et redevenir pleinement acteur de sa vie.

Avec la sortie du film Gourou de Yann Gozlan, avec Pierre Niney, une question traverse le récit bien au-delà de la fiction : pourquoi sommes-nous si enclins à confier notre discernement à ceux qui promettent des réponses simples à des problématiques complexes. Le film, qui raconte l’ascension fulgurante puis la dérive d’un coach en développement personnel révèle bien plus qu’un simple gourou à l’écran. Il met en lumière notre rapport quotidien à l’autorité, à l’influence et au pouvoir que nous accordons, parfois sans même nous en rendre compte, à ceux qui nous accompagnent, nous forment, nous managent ou nous inspirent…

Coaching, management, développement personnel, spiritualité : partout où l’on accompagne le changement humain, l’influence est à l’œuvre et les dérives commencent lorsque l’autonomie recule.
Un formateur, un coach, un manager c’est quelqu’un qui sait écouter, rassurer, simplifier un monde devenu complexe, rapide, anxiogène. Quelqu’un qui « a réussi », qui parle avec assurance, qui semble avoir des réponses là où nous n’avons encore que des questions. C’est précisément cette position, légitime et souvent nécessaire, qui peut devenir problématique lorsque l’accompagnement bascule dans l’adhésion aveugle. Quand la complexité du réel est remplacée par des vérités simples et indiscutables. Quand l’esprit critique devient suspect. Paul Pyronnet ouvre le débat et interroge la responsabilité de ceux qui accompagnent dans la vie réelle : accompagner, oui mais sans jamais confisquer le discernement de l’autre. On fait le point en question !

1 – Rappelez-nous ce qu’est la Programmation Neuro-Linguistique (PNL) et comment elle accompagne une personne dans un processus de changement ?

Cela fait bientôt 40 ans que j’accompagne des équipes, des organisations. J’ai vu des personnes se transformer, reprendre confiance en elles, retrouver du sens, faire des choix qu’elles n’osaient pas faire auparavant pour aller vers leurs ambitions profondes. D’autres fois, j’ai observé des choses plus subtiles, plus inquiétantes.
Former, c’est rendre le pouvoir à la personne. C’est faire en sorte qu’à court ou moyen terme, elle n’ait plus besoin de nous. La PNL, c’est reprendre le contrôle sur soi, sur sa vie, sur son autonomie, sa destinée, ses engagements, ses comportements. C’est sortir de ses automatismes pour reprendre conscience.

La PNL rend la personne responsable de ses choix. C’est la personne qui doit décider ce qui est bon pour elle. C’est développer l’autonomie, le discernement et la responsabilité individuelle. C’est précisément dans cette logique que s’inscrit la Programmation Neuro-Linguistique lorsqu’elle est pratiquée de manière éthique. Contrairement aux idées reçues, la PNL n’est ni un outil de contrôle ni une méthode de manipulation. Elle ne dit pas quoi penser, mais aide à comprendre comment nous pensons, ressentons et agissons, pour sortir des automatismes, élargir le champ des possibles et redevenir acteur de ses choix. Les outils de la PNL ne sont pas faits pour fasciner, mais pour développer le discernement, privilégier l’autonomie et la prise de position, poser le cadre avant le charisme, la responsabilité avant la promesse, accompagner étape par étape sans promesses magiques, avec clarté et transparence, pour que la personne sorte libre, consciente de ses choix et accepte que tout accompagnement a ses limites.

2 – Comment distinguer un accompagnement légitime d’une dérive d’autorité, et comment apparait le gouroutisme dans le management et le coaching

Il n’existe pas de technique secrète ou mystérieuse. Il existe des mécanismes humains qui sont au fond assez universel : le fait d’avoir une voix calme et assurée, un débit lent, de marquer des silences, un regard soutenu, des phrases simples… Ces éléments peuvent créer une forte focalisation de l’attention. Ce n’est pas le charisme : c’est la manière dont ces leviers agissent pour réduire l’esprit critique, disqualifier le doute et créer une forme de dépendance.Depuis mes années de pratique : on en voit partout des Gourous. Ce n’est pas réservé aux sectes. C’est une dérive d’autorité qui peut apparaître dans les entreprises, dans le management, la religion, le coaching… Dès qu’une personne se positionne comme détentrice d’une certaine autorité, c’est là que la contradiction devient suspecte, dévalorisée, et c’est là qu’on sort du cadre constructif pour arriver sur le terrain du gouroutisme.Il commence quand la complexité du réel est remplacée par des choses simples et souvent indiscutables. On prend une hypothèse et on en fait une vérité ! Comme en politique : on utilise des exemples et on en fait une généralité, dans le but d’influencer les personnes concernées en utilisant les biais cognitifs dans les systèmes de communication. Donc le gouroutisme, on en voit partout, et pas seulement de manière exceptionnelle !

3 – Quels sont les signes qui montrent qu’un accompagnement devient problématique, et comment garantir que la personne reste libre et responsable dans son parcours ?
Certains signes permettent d’identifier une dérive ou une emprise lors d’un accompagnement. Par exemple, l’accompagnateur peut culpabiliser le formé en lui disant : “Si tu as des doutes, c’est que tu résistes” ou “Si tu n’y arrives pas, c’est que tu ne t’es pas assez engagé »La vraie question, c’est de ramener la personne à ce qu’elle vit : ses frustrations, comment elles se manifestent, quels éléments extérieurs les génèrent, dans quel contexte elle a besoin d’être revalorisée. C’est grâce à la puissance des questions que la personne va obtenir des réponses claires. Et si on lui dit “tu as des doutes, tu ne devrais pas en avoir”, ce n’est pas bon. Il faut identifier le doute, ne pas le dévaloriser comme l’esprit critique. Si tu ne te sens pas aligné, c’est important de le dire : c’est ça qu’un accompagnement éthique fera.Quand la figure d’accompagnement devient indispensable, c’est à ce moment-là qu’elle devient dangereuse. Il faut créer un environnement où la personne est libre, et non un environnement toxique qui l’enferme. Cette règle vaut dans tous les milieux où l’on peut évoluer.

4 – Le gourou crée la dépendance… comment la PNL peut la briser

La PNL, c’est l’inverse de l’emprise ! Elle n’apprend pas à penser à quoi, mais à comment : ce n’est pas quelle réponse je devrais avoir, mais comment trouver les bonnes réponses. Quels sont ses états internes ? Quelles sont ses frustrations ? Comprendre les automatismes dans lesquels la personne est entrée, comment les repérer et reprendre la responsabilité de les changer, en fonction de ce qu’elle veut vraiment dans sa vie, dans son couple… On va l’aider à retrouver l’énergie pour faire les bons choix.
Un bon accompagnement, c’est rendre la personne autonome.
La PNL ouvre un savoir-faire, comme piloter son propre véhicule, apprendre à conduire plutôt que d’être conduit. Oui, car elle repose sur trois piliers : la responsabilité personnelle : ce qui est important pour moi (ce que je veux et ce que je ne veux plus), la capacité à penser, à ressentir, à vivre ici et maintenant (je peux trouver en moi les ressources) comment je peux agir de façon plus constructive avec mon environnement.
La PNL n’est pas magique : elle apprend à accueillir ses problèmes, à les transformer pas à pas, à rendre celui qui est formé libre et responsable.
Le rôle de l’accompagnant est clair : donner du pouvoir à l’autre, le remettre en valeur. Un formateur responsable développe l’autonomie de ses équipes ; un gourou, lui, travaille à devenir indispensable… Les dérives d’autorité sont les problèmes. Un coach ou formateur ne crée pas des disciples, mais des personnes capables de penser et de réagir à partir de ce qu’elles sont et de ce qu’elles peuvent devenir : il éveille les personnes.