Intelligence artificielle : quelques éclaircissements utiles
Sur internet, chaque action produit une donnée appelée « UGC » (User Generated Content). Une visite sur un site, la saisie d’un like, la rédaction d’un message, la mise en ligne d’une image, une conversation avec un chatbot comme un simple clic sur un weblink génèrent donc des UGC. Par conséquent, chaque jour, dans le monde, une quantité phénoménale de données est à exploiter. C’est là une des principales explications de tout l’intérêt que suscite l’intelligence artificielle.
L’IA et l’ère du big data
Dès le dix-neuvième siècle, des philosophes et des romanciers ont commencé à imaginer un monde dans lequel les machines remplaceraient les humains dans toutes sortes d’activité. Une étape a été franchie en 1956, lorsque le mathématicien américain John McCarthy a évoqué, pour la première fois, l’hypothèse que les ordinateurs aient, un jour, des capacités cognitives comparables à celles de l’Homme.
Après de fastidieuses expérimentations, l’industrie informatique a accéléré son développement dans les années 1960. Jusque dans les années 1970, des salles très aérées ont abrité de gigantesques terminaux conçus par les ingénieurs d’IBM ou de Digital Equipment pour stocker les informations stratégiques des grandes entreprises. Dans les années 1980, le développement de la micro-informatique a démocratisé l’accès à l’ordinateur et aux logiciels, ce qui a permis l’essor de sociétés comme Hewlett Packard, Compaq, Dell, Apple et Microsoft. Durant la décennie suivante, la création d’internet, l’apparition de la téléphonie mobile, des moteurs de recherche et des réseaux sociaux nous ont fait entrer dans l’ère du big data.
A travers le monde, près de soixante-quatre milliards de recherches sont faites quotidiennement sur Google, plus de deux milliards de connections à Facebook sont comptabilisées et six cent millions de personnes échangent sur X. A tout cela s’ajoute évidemment ce qui est produit sur tous les autres sites et applications. Une quantité phénoménale d’UGC est donc à exploiter. Pour bon nombre d’entreprises, cela représente une masse d’informations d’une importance capitale et il se trouve que l’intelligence artificielle offre des solutions parfaitement adaptées au data mining, c’est-à-dire à l’exploitation et à l’analyse de grandes quantités de données.
L’IA est à écrire au pluriel
Parler d’intelligence artificielle au singulier est une ineptie parce qu’en réalité, il en existe différentes formes, qui peuvent être utilisées dans des domaines très variés.
La forme la plus connue est l’intelligence artificielle générative. Elle permet de créer des textes, des images ou des vidéos en réponse à une demande appelée « prompt ». Les outils les plus courants sont Chat GPT d’OpenAI, Gemini de Google, Copilot de Microsoft et Claude, qui a été développé par Anthropic. Ils se perfectionnent par le recours à des intelligences artificielles contextuelles, qui permettent d’intégrer davantage d’informations disponibles pour répondre aux demandes avec plus de précision.
Il existe également des intelligences artificielles prédictives. Comme leur dénomination l’indique, elles permettent de prévoir comment peuvent évoluer certaines situations à partir de l’analyse des données qui leurs sont transmises. Il y est recouru, entre autres, dans le domaine médical pour anticiper le développement de certaines maladies.
Beaucoup plus perfectionnées, les intelligences artificielles agentiques sont capables de créer des contenus, de prévoir des évolutions, mais aussi de prendre des décisions adaptées aux situations analysées. Elles sont considérées, à ce jour, comme les formes les plus perfectionnées.
Le fonctionnement des intelligences artificielles n’est pas très différent de celui de l’IA
Pour certains intellectuels, les capacités des différentes formes d’intelligence artificielle sont telles que nous sommes voués à être surclassés dans un futur qui sera celui de la réalité augmentée et du transhumanisme. Le philosophe suédois Niklas Boström alerte même sur le risque de voir advenir une « super intelligence » capable de prendre, un jour, le contrôle de l’humanité. Il ressort pourtant de la majorité des publications que les intelligences artificielles fonctionnent selon les mêmes principes que notre cerveau.
Les neurosciences nous apprennent que l’être humain raisonne en mettant en cohérence, à chaque instant, tout ce qu’il perçoit, qu’il s’agisse de sons, d’images, de mots, d’odeurs, de goûts ou de sentiments. L’universitaire belge Hugues Bersini affirme ainsi que chacun de nous a la faculté d’agréger une multitude « d’objets mentaux rangés et accessibles à différents niveaux d’abstraction ». En complément de l’intégration de nombreuses perceptions, il y a évidemment les capacités à comprendre, à calculer, à inférer, à agir, à réagir, à imaginer et à créer. Ingénieurs et techniciens s’efforcent de développer ces capacités dans les intelligences artificielles, sauf que celles-ci n’éprouvent aucune émotion et ne font preuve d’aucune originalité puisque leur fonctionnement repose sur des algorithmes et des modes de décision automatisés. Hugues Bersini rappelle d’ailleurs que, par-delà la vitesse à laquelle elle peut résoudre des problèmes complexes, une intelligence artificielle n’obéit toujours qu’à « un suivi procédural rigide », qu’elle reste « une machine froide et utile, destinée à nous épauler et palier nos défaillances cognitives ».
L’intelligence artificielle, pour quoi faire ?
Parce qu’elles peuvent aider à travailler plus vite et plus efficacement, voire à supprimer des postes et à réduire les effectifs, les différentes formes d’intelligence artificielle suscitent un engouement dans certains cercles de dirigeants. Il est incontestable qu’elles sont déjà capables de recenser les UGC, d’en connaître les origines géographiques et socioculturelles ainsi que les finalités. Les conclusions issues de leurs analyses peuvent contribuer à ajuster une politique marketing, une communication financière ou une stratégie de marque employeur, mais il est nécessaire de déterminer préalablement ce que l’on attend de leur utilisation.
Il en va du recours à l’intelligence artificielle comme de tout autre type de management de projet : sans objectif préétabli, il n’y a aucune chance d’aboutir à des résultats. L’intelligence artificielle ne peut pas être une fin en soi. Ce qui importe, c’est de décider à quoi elle doit servir. Dans bon nombre d’organisations, cela n’est pas encore clair.
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