Un entraîneur qui fait autorité

Quoi de pire qu’un manager nommé sur des critères subjectifs et contestables ? Sans légitimité, le manager court droit à l’échec. Dans le cas de Zidane, son palmarès est tel qu’il fait autorité : champion du monde en 1998, le footballeur a reçu le Ballon d’Or de meilleur joueur de la planète la même année. En 2000, il a remporté l’Euro et atteint encore la finale du Mondial en 2006. Et ses succès en club sont tout aussi impressionnants : une Ligue des Champions avec le Real en 2002 et un titre de champion d’Espagne en 2003, deux titres de champion d’Italie avec la Juventus Turin (97-98). De quoi lui donner une aura exceptionnelle et inspirer le respect de tous. Et pour asseoir définitivement sa légitimité, le Français connaît par cœur le club madrilène où il a joué de 2001 à 2006 ! Il est parfaitement bilingue.
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Zidane n’est pas un révolutionnaire

Vous avez tous, un jour ou l’autre, vu débarquer un manager qui voulait révolutionner les méthodes, passer à autre chose, balayer le passé et devenir l’homme du renouveau. Brutale, cette façon de faire est souvent mal acceptée par les collaborateurs, notamment les plus anciens. Zidane, qui a dans son effectif un joueur – Sergio Ramos – avec lequel il a évolué, s’est positionné dans la continuité de son prédécesseur, Rafael Benitez, au moins d’un point de vue sportif. Il l’a montré à l’occasion de son premier match sur le banc samedi 9 janvier, face au Deportivo La Corogne (gagné 5-0) : « On s’attendait à davantage de changements dans la composition de son équipe, notamment à ce qu’il mette Varane titulaire, commente Xavier Barret, grand reporter à l’Equipe Magazine. Mais non, il s’est appuyé sur ce qui existait déjà. » Progressivement, il apposera sa patte.

Zinedine Zidane crédit footmercato.net
Zinedine Zidane crédit footmercato.net

Responsabiliser les joueurs

Un bon manager délègue, responsabilise ses collaborateurs, les rend autonomes. Sûr que Zidane saura travailler dans cette voie : « Compte tenu de la qualité des joueurs qu’il entraîne, il n’aura pas besoin de leur dire quoi faire », explique le journaliste de L’Equipe Mag. Pas vraiment le genre à vouloir tout contrôler au contraire de son prédécesseur Benitez, aux tendances interventionnistes.

Gérer ses émotions

Savoir gérer ses émotions, prendre du recul : voilà une compétence clé lorsque l’on est à la tête d’une équipe. Et Zidane n’est pas réputé pour son self control. On se rappelle son coup de boule asséné à l’Italien Marco Materazzi en finale du Mondial 2006. Un mauvais geste parmi tant d’autres car le meneur de jeu aura tout de même écopé de 14 cartons rouges dans sa carrière. « C’est un mec super impulsif mais il a su faire évoluer son comportement parce qu’il a été très bien conseillé », assure Xavier Barret. On ne devrait donc pas voir un coup de colère de Zidane avant longtemps. Tout du moins, pas devant les caméras.

L’humilité avant tout

En devenant manager, votre chef est resté le même. Il vous écoute, ne donne pas son avis sur tout et sait avouer ses faiblesses. Bref, il est resté humble. Tout comme Zidane qui, malgré son palmarès, a tenu à obtenir ses diplômes d’entraîneur. Il est même retourné à l’école au Centre de droit et d’économie du sport de Limoges pour passer son diplôme de manager général de club sportif professionnel. Tout à son honneur. « Quand il ne sait pas, il se tait, témoigne le journaliste de l’Equipe. Il est suffisamment intelligent pour être conscient de ses limites ». Une véritable qualité qui fait de lui un homme réservé mais aussi réfléchi.
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Il n’a pas encore fait ses preuves 

C’est peut-être là que le bât blesse pour Zidane qui n’a pas réussi à faire remonter l’équipe réserve du Real Madrid en deuxième division. Adjoint d’Ancelotti en 2013 et 2014, le Français a été à bonne école mais il n’a pas encore emmené une équipe au sommet. « Très peu d’anciens grands joueurs sont devenus de grands entraîneurs, fait remarquer Xavier Barret. Il a pris un gros risque en prenant le poste mais c’est l’envie qui le guide. Il veut partager son expérience ». Zidane, lui, a déclaré qu’il y mettrait « tout son cœur ». « Je pense que ça peut fonctionner », conclut le journaliste.
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