Cahuzac, l’expert en manipulation 

Alors que le procès de Jérôme Cahuzac est sur le point de s’achever, l’ex-ministre du Budget ne semble pas avoir beaucoup changé. Empêtré dans ses facéties, il n’est plus à un mensonge près. Et à ce petit jeu du poker menteur, il risque gros.  Bien mentir est un art. Or, pendant longtemps, Jérôme Cahuzac s’est révélé un maître dans cette discipline. Devant les medias, les plus hauts représentants de l’Etat, et même « les yeux dans les yeux » avec le Président de la République François Hollande, l’ancien chirurgien, qui officiait alors comme Ministre délégué au Budget (mai 2012-mars 2013), a martelé qu’il était victime de calomnies. « Je ne sais pas de quoi il est question. Je n’ai jamais eu de compte en Suisse ou ailleurs. C’est ahurissant. Je poursuivrai tous ceux qui reprendront cette calomnie gravement diffamatoire et qui porte atteinte à mon honneur », s’était-il défendu fin 2012 après avoir été accusé par les journalistes de Mediapart d’avoir possédé « pendant longtemps un compte bancaire non déclaré en Suisse », et de l’avoir ensuite transféré à Singapour, autre paradis fiscal.

« Pris dans une spirale du mensonge »

Après quatre mois de démentis, acculé par les témoignages et les preuves, « le soldat de la rigueur » a fini par avouer détenir un compte à l’étranger et a été mis en examen pour blanchiment de fraude fiscale. Et c’est par le biais d’un message sur son blog qu’il a demandé « pardon à Monsieur le président de la République, au Premier ministre, à mes anciens collègues du gouvernement (…) A mes collègues parlementaires, à mes électeurs, aux Françaises et aux Français (…)  à mes collaborateurs, à mes amis et à ma famille que j’ai tant déçus ». Cahuzac, grand spécialiste de la fiscalité avait alors écrit en 2013 avoir été « pris dans une spirale du mensonge » et s’y être « fourvoyé ».

La faute à Rocard

Perdant, un à un, tous ces mandats, l’ex député-maire exclu du Parti Socialiste a désormais pris sa retraite. Mais il semble qu’il n’ait pas dérogé à ses vieilles habitudes. A 64 ans, on ne se refait pas et c’est avec aplomb que cet « expert en manipulation du langage »*, affirme dès l’ouverture de son procès pour fraude fiscale et blanchiment lundi 5 septembre que le premier compte ouvert à sa demande en Suisse en 1992 par un ami était en fait destiné à « financer » le courant politique de Michel Rocard ! Une révélation surprenante qui a « dégoûté » le Premier Ministre Manuel Valls mais qui a surtout bien fait rire la Twittosphère. Visiblement peu convaincus par cette accusation qui survenait deux mois seulement après la mort de Michel Rocard, les internautes l’ont tourné en dérision avec le hashtag #BlameItOnRocard (comprenez “rejette la faute sur Rocard”).
https://twitter.com/christopheconte/status/772905378803843072

C’est pas moi, c’est l’autre

De quoi décrédibiliser fortement celui qui fut Président de la commission des finances, de l’économie générale et du contrôle budgétaire (un comble !) si tant est qu’il lui reste encore un peu de crédit. Lundi, Jérôme Cahuzac minimisait encore sa faute en tentant de se distancier du compte offshore ouvert sur l’Île de Man par son ex-épouse. Elles sont bien loin les excuses de 2013… A l’origine du plus grand scandale politico-financier français du 21ème siècle, Cahuzac l’arrogant n’en est plus à une approximation près.
A ce jeu de poker menteur, l’ex-dirigeant politique déjà condamné par l’administration fiscale (plus de 2,3 millions d’euros) pourrait perdre encore plus gros. Il risque une amende s’élevant jusqu’à un million d’euros et 7 ans de prison.
*Voir l’article de Julie Neveux : http://www.huffingtonpost.fr/julie-neveux/affaire-cahuzac-excuses_b_3005405.html

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Un parcours talentueux
et une chute brutale

Un parcours talentueux  et une chute brutale, telle sera la vie professionnelle de Jérôme Cahuzac. Chirurgien de formation, il crée avec son épouse dermatologue la clinique Cahuzac, spécialisée dans les implants capillaires, et en 1993 « Cahuzac Conseil » recueille les revenus de Jérôme qui intervient comme « conseiller purement technique » de nombreux  laboratoires pharmaceutiques. Il s’investit dans le courant de Michel Rocard pour préparer sa candidature à l’élection présidentielle de 1988. Tour à tour,  conseiller technique au cabinet de Claude Évin, ministre des Affaires sociales de 1988 à 1991, il travaille sur la loi qui encadre la publicité sur l’alcool et le tabac, puis comme conseiller technique pour le médicament. Il réussit un parcours d’élu avec succès, député du Lot-et-Garonne en 1997, conseiller général de ce département, maire de Villeneuve-sur-Lot, et président de la communauté de communes du Villeneuvois. En 2010 il prend la présidence de la commission des finances, de l’économie générale et du contrôle budgétaire et devient ministre délégué au Budget dans le  gouvernement Ayrault en 2012. Depuis le 5 septembre son procès pour fraude fiscale et blanchiment de fraude fiscale se tient devant la 32ème chambre du tribunal correctionnel de Paris.