Le « senior » face au défi de son employabilité
« Senior ». Voilà une notion qui fait depuis longtemps débat dans notre société tant elle se veut polymorphe. Le « senior » n’est pas le même selon le milieu dans lequel on le place – le travail, la société – et il est souvent associé à la problématique de l’emploi. Et pour cause, la France compte parmi les mauvais élèves de l’UE en matière d’emploi des seniors. Considérés trop vieux pour être employables passés 45 ans, mais beaucoup trop jeunes pour partir à la retraite, les « seniors » semblent parfois appartenir à un no human’s land. Il n’en est rien ! De nombreuses voies s’offrent à eux pour rester actifs, rebondir professionnellement et se réinventer personnellement. L’entrepreneuriat en fait partie, nous en sommes convaincus !
Les défis et préjugés de l’emploi senior
Aux débats liés au recul de l’âge légal de départ à la retraite, et ce sans même considérer les questions éminemment politiques et sociales qu’ils soulèvent, s’est rapidement associé un sujet de fond : travailler plus longtemps, certes, mais encore faut-il avoir durablement accès au travail ! Les chiffres sont sans appel : en France, l’accès à l’emploi stable devient significativement plus faible passés 56 ans[1].
Loin de pouvoir être attribuée à un seul et unique facteur, la difficulté d’emploi des seniors est le fruit de plusieurs paramètres concomitants. Structurels d’abord, en ce que les profils dits « seniors » ont plus faiblement et graduellement moins accès à la formation après 45 ans. Évidemment, les facteurs sont aussi économiques ! Certains employeurs se tournent en priorité vers des profils plus juniors, moins expérimentés, dans l’espoir de réduire les coûts liés à l’embauche : en 2024, le salaire mensuel net moyen d’un senior de 55 ans ou plus est équivalent à 2 990 euros contre 1 640 euros par mois en moyenne pour les moins de 25 ans[2].
Et puis, disons-le, l’accès limité à l’emploi des seniors est aussi le résultat de biais persistants. En 2024, près de 25% des plus de 50 ans déclaraient avoir fait l’objet de discriminations à l’embauche[3]. Résistance au changement, moindre adaptabilité aux nouvelles technologies, conflits générationnels, problèmes de santé… nombreux sont les critères évoqués par les employeurs. Et pourtant, les profils seniors ont beaucoup à apporter aux entreprises. Ils ont un rôle de pilier au sein de l’entreprise et disposent d’une richesse d’expérience, d’un réseau professionnel ainsi que d’un arsenal unique de compétences à offrir. En demeure qu’un tiers des seniors se disent inquiets quant à leur avenir professionnel.
L’entrepreneuriat, la voie royale ?
Pour pallier les difficultés liées à la (ré)insertion professionnelle, certains seniors se tournent vers l’entrepreneuriat. Et ils sont de plus en plus nombreux à privilégier cette voie : 50% des entrepreneurs recensés en 2025 avaient entre 47 et 61 ans[4]. Un phénomène résolument porteur d’espoir car, au-delà des seniors, combien d’actifs à mi-parcours de leur vie professionnelle redoutent le dernier virage de leur carrière ?
Deux typologies d’entrepreneurs seniors apparaissent alors. Ceux pour qui l’auto-entreprise constitue un moyen de garantir une continuité de revenus et ceux qui voient en l’entrepreneuriat l’occasion rêvée de se réinventer ! Un parcours tantôt foncièrement choisi, tantôt imposé par la nécessité d’assurer sa subsistance. Souvent fantasmé, il n’est pour autant pas exempt de difficultés à surmonter. Citons l’accessibilité des financements non-bancaires – particulièrement chez les seniors entrepreneures –, puis la difficulté d’accès à la formation entrepreneuriale, ainsi que la moindre littératie numérique… Sans même parler des risques financiers inhérents à toute création d’entreprise !
Toujours est-il que l’entrepreneuriat revêt de moins en moins un caractère « subi » et devient un choix de vie à part entière. Nous sommes convaincus qu’il s’agit d’un mouvement profond, nourrit par la volonté de lutter contre l’obsolescence programmée des travailleurs seniors. C’est pourquoi nous plaidons pour que leur expérience soit reconnue comme un bénéfice plutôt que comme un poids économique, et que les dispositifs d’accompagnement et de financement leur soient pleinement accessibles. Les seniors semblent eux-mêmes se saisir de cet élan, nous ne pouvons qu’espérer qu’il infuse au sein de toutes les strates de notre société et ne souffre point d’un contexte politique pour le moins mouvant !
[1] Unedic.
[2] Insee.
[3] Défenseure des Droits et Organisation Internationale du Travail.
[4] Bpi France
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