Intuition-logique-parasite le combo pour prendre une décision

Dans son ouvrage « Système 1, Système 2, les deux vitesses de la pensée », Daniel Kahneman* propose des expériences qui mettent en lumière nos modes de réflexion et décisionnels. Ceux-ci sont basés sur le mix : « intuition-émotion » (Système 1), « logique-analyse rationnelle » (Système 2), mais aussi « bruits-parasites de la pensée » ou encore « biais cognitifs ». Des systèmes cachés et de mauvaise influence, capables d’annihiler les fameux Systèmes 1 et 2 pour vous faire prendre les pires décisions qu’ils soient ou tout simplement vous immobiliser face aux multiples chemins qui s’offrent à vous.

Des biais cognitifs internes et externes

Ces biais peuvent être votre passé, vos ancrages émotionnels, mais aussi des éléments totalement extérieurs qui influencent votre perception d’une situation ou d’un événement : la météo et l’humeur du jour, le niveau de fatigue ou de satiété… Dans un article intitulé « Comment surmonter le bruit qui parasite les prises de décisions ? », Daniel Kahneman explique que les personnes ont tendance à « contredire leur propre jugement antérieur quand on leur soumet les mêmes données à des moments différents ». Pour illustrer son propos, il cite une étude réalisée en entreprise dans laquelle des ingénieurs en informatique ont évalué la durée d’une mission à deux reprises et à deux jours d’intervalle. Les délais annoncés n’étaient pas les mêmes le premier puis le second jour avec une variation de 70 % (tout de même !) entre les deux.
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Daniel Kahneman crédit courses.edx.org

La neutralité émotionnelle, pré-requis pour prendre une bonne décision

Dans ce contexte, toute micro-émotion à l’instant T est capable selon l’auteur d’influencer vos prises de décision. Un niveau de fatigue élevé tend à vous pousser dans vos retranchements et peut vous faire passer à côté d’une opportunité. Une bonne nouvelle apprise le matin vous rend plus ouvert et plus tolérant avec vos interlocuteurs tout au long de la journée…  Pour prendre une décision vierge de tout biais émotionnel, l’auteur vous invite à prendre conscience de ces effets sur votre cerveau. Ensuite, pourquoi ne pas reporter la prise de décision définitive, tout en notant celle que vous auriez prise à l’instant T, puis le lendemain et le surlendemain, jusqu’à vous rendre compte des différences quotidiennes de ressenti et opter pour la décision la plus impartiale ?
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Démêler l’intuition de la pensée irrationnelle

Prendre une bonne décision implique aussi de connaître vos ressorts personnels et profonds : vos valeurs, vos ambitions cachées, vos faiblesses, et de comprendre si une peur ressentie est issue d’un ancrage émotionnel passé ou d’une véritable intuition basée sur une analyse présente. Dans le même esprit, les normes inculquées à votre cerveau ont un énorme pouvoir sur vos prises de décision. Vos expériences passées, votre culture comme votre éducation jouent un rôle dans vos prises de position, avis, pensées…Tout comme les normes sociales qui régissent votre quotidien. Là encore, l’auteur vous invite à prendre conscience de ces biais avant toute prise de décision.

Prendre votre décision au bon moment

Daniel Kahneman rappelle que le cerveau use de beaucoup de ressources cognitives pour analyser tous les aspects d’une situation et d’un événement. Plus l’analyse est fine, plus le cerveau mobilise d’énergie et use de « raccourcis cognitifs » pour éviter une surcharge mentale. Une décision prise dans un moment de fatigue risque fort bien d’être une mauvaise décision, prise à la va-vite par votre cerveau et basée sur un raccourci cognitif. Pour illustrer ce propos, Daniel Kahneman explique qu’une personne fatiguée – ou qui réalise une autre activité en simultané – n’active pas toutes ses ressources mentales et se contente d’une réponse rapide – donc fausse – à la question : « une raquette de tennis et une balle de tennis sont vendues ensemble 110 euros, la raquette coûte 100 euros de plus que la balle, combien coûte la balle ? »
Finalement, selon l’auteur, vous prendrez une bonne décision dès lors que vous le faites à tête reposée, en toute connaissance de vos valeurs et normes, et de vos biais et parasites personnels qui influencent votre réflexion au quotidien.

*Spécialiste de la psychologie cognitive, Daniel Kahneman a bousculé la science économique avec le postulat de la rationalité des décisions des agents économiques. Il a reçu le prix Nobel de sciences économiques en 2002 conjointement avec Vernon Smith, un économiste. On lui reconnait  les qualités d’un génie de notre époque sur le même plan que Newton ou Freud.