Gouvernance et durabilité 1/3
Les évènements actuels nous rappellent l’urgence d’adapter nos sociétés et de réinventer les modèles d’affaires des entreprises : 2,3 milliards de personnes souffrant d’insécurité alimentaire dans le monde, doublement de la population mondiale de réfugiés au cours de la dernière décennie et, en 2025, une température moyenne mondiale au-dessus des niveaux préindustriels de 1,4°C.
Pourtant, la durabilité est encore bien souvent considérée par les entreprises sous ses seuls aspects réglementaires.
Et si la gouvernance était le moteur des enjeux sociaux, environnementaux et économique du développement durable ?
Comment les différentes instances de gouvernance doivent-elles collaborer pour être efficaces dans leurs rôles et responsabilités et répondre aux enjeux quotidiens comme à long terme ?
La loi PACTE a marqué un tournant dans la gouvernance des entreprises
Juridiquement, la société implique la mise en commun de moyens dans le but de partager des bénéfices ou de profiter d’économies.[1] Depuis la loi PACTE de 2019, la seule gestion de son intérêt social ne suffit pas : elle doit prendre en considération les enjeux sociaux et environnementaux de son activité.[2]. Le conseil d’administration prend ses décisions en considération de ces enjeux et de la raison d’être de l’entreprise, le cas échéant[3].
Au-delà de toute contrainte juridique externe, c’est d’abord l’intérêt économique qui commande d’intégrer les enjeux de durabilité pour préserver la rentabilité et assurer la pérennité de l’entreprise.
La durabilité est un impératif stratégique pour une pérennité profitable
Si 74% des consommateurs français tiennent compte des critères de durabilité avant d’acheter un produit, ils sont 53% à douter des engagements des marques[4],,dans un marché contrasté entre opportunisme pour certaines et engagement pour d’autres. Les habitudes de consommation évoluant très vite – 60% des consommateurs ont modifié leurs comportements de « consommation » alimentaire depuis un an et 70% des français seraient prêts à payer plus cher un produit durable – la proactivité s’impose.
En outre, les allégations de durabilité ont fait long feu. L’acceptabilité par le marché exige des preuves tangibles, étayées par des stratégies claires et des politiques efficaces.
Au-delà de leurs avantages concurrentiels, les performances ESG impactent la rentabilité des entreprises, voire conditionnent la possibilité même de la poursuite de leurs activités.
Les assureurs adaptent profils de risques et contrats car “un monde avec une hausse de quatre degrés n’est plus assurable”[5], les financeurs verdissent leurs portefeuilles pour satisfaire à leurs propres obligations d’impact et de résilience, les acheteurs durcissent les exigences des appels d’offre[6].
En outre, la performance extra-financière est un avantage compétitif déterminant compte tenu des exigences des clients et consommateurs finals. La performance extra-financière peut même constituer un atout pour une entreprise en situation de non-performance financière[7].
Enfin, l’innovation et la refonte des processus vers la durabilité valorisent l’entreprise auprès de l’ensemble de ses parties prenantes.
Les performances extra-financières sont un levier de rentabilité et de création de valeur
La corrélation entre performances financières et extra-financières est établie par les études académiques[8]. De plus, la rigueur déployée pour intégrer la durabilité et une meilleure appréhension des risques concourent à une meilleure gestion[9]. En termes de rentabilité, le différentiel entre les entreprises intégrant la durabilité et les autres semblait limité il y a quelques années. Cependant, ce différentiel va s’accentuer avec la flambée des coûts de l‘énergie et des matières premières notamment.
Les entreprises qui savent générer des économies d’énergie et de ressources, maîtriser leurs achats et leurs moyens (industriels, commerciaux, informatiques…), ou optimiser leurs déchets préserveront leur rentabilité sur la durée.
Enfin, la transmission de l’entreprise est un moment de vérité pour les dirigeants et actionnaires. La valeur de leur travail se mesure à travers le legs aux générations futures, mais aussi via l’évaluation financière proposée par les investisseurs. Ces derniers accordent une importance croissante à la performance ESG voire priorisent l’ESG dans leur stratégie d’investissement pour créer de la valeur pour 69% d’entre eux[10].
Conclusion
Par nature la gouvernance se doit d’être « durable ». Pourtant, nombreux sont les exemples d’erreurs aux conséquences immédiates ou différées qui mettent en danger des écosystèmes naturels, des populations et des sociétés humaines y compris dans les pays développés. La délocalisation à bas coûts, l’exploitation intensive des ressources ont montré leurs limites et la souveraineté des approvisionnements est devenue un enjeu central pour les gouvernements et les entreprises. Ce qui est mauvais pour la planète ne peut pas être neutre pour les hommes et donc pour les entreprises.
Les entreprises jouent un rôle prépondérant et leur système de gouvernance doit trouver sa raison d’être sur la durée, en contribuant résolument à un monde meilleur. Fidélisation et attractivité auprès des collaborateurs clients et parties prenantes, avantages compétitifs et économiques : le retour sur investissement est immédiat comme à long terme.
[1] Article 1832 du Code Civil
[2] Article 1833 du Code Civil
[3] art. L.225-35 code de Commerce
[4] https://www.odoxa.fr/sondage/les-trois-quarts-des-francais-essaient-de-consommer-durable-mais-ils-doutent-de-la-sincerite-des-marques/
[5] 2015, Henri de Castries, ex-PDG d’Axa
[6] Loi Climat & Résilience, elle est devenue un véritable levier de transition écologique en faveur du développement durable à compter du 22 août 2026, les consultations et attributions de chaque marché public comporteront une clause pour les qualités environnementales, voire une autre pour les qualités sociales
[7] https://www.pwc.fr/fr/publications/fonction-finance/l-extra-financier-au-secours-de-la-valeur-financiere-de-l-entreprise.html
[8] Selon une analyse de 2250 études académiques sur la période 1970 à 2014, les performances financières et extra-financières sont corrélées dans 63% des cas. Friede, G. Busch, T. et Bassen, A. « ESG and financial performance: aggregated evidence from more than 2000 empirical studies » (2015). Journal of Sustainable Finance & Investment, 5:4, 210-233
[9] Atz, U., Van Holt, T. et al. « Does sustainability generate better financial performance? Review, meta-analysis, and propositions » (2022). Journal of Sustainable Finance & Investment.
[10] https://www.pwc.fr/fr/publications/developpement-durable/capital-investissement-creer-de-la-valeur-avec-l-esg.html

