Internet, Facebook et les comptes des morts

Tout existe sur internet. Des sites dédiés à la transmission de votre patrimoine numérique ou de tout autre document à transmettre à vos proches promettant un service innovant : 2day4ever, la Vie d’après, Foruforever, Edeneo, Eternissim, Mémoire des Vies, Phoemya, PeopleMemory, Funéraire direct (pompes funèbres existant uniquement sur Internet) et aussi obsèques-infos et iquietis (comparateur de prix). Facebook  compte des milliers de morts qui ont laissé leur compte sans hériter désigné. C’est  mathématique, avec un  milliard d’utilisateurs, Facebook compte chaque année des morts d’autant plus que les seniors deviennent aussi des accros du réseau de Zuckerberg. Des sociétés se chargent maintenant de transformer leur compte en une sorte de mémorial numérique.  Lorsqu’un utilisateur décède,  Facebook transforme son compte en compte de commémoration pour protéger sa confidentialité.  « Personne ne peut se connecter à ce compte, aucun nouvel ami ne peut être accepté,  selon les paramètres de confidentialité du compte de la personne décédée, ses amis peuvent partager leurs souvenirs sur le journal de commémoration.  Tout le monde peut envoyer des messages privés à la personne décédée.  Les contenus qui ont été partagés par la personne décédée (par ex. : les photos, les publications) restent sur Facebook et sont toujours visibles par les personnes avec qui ils ont été partagés. »

Les emplois « non-délocalisables » de la mort

Sur le numérique comme dans le réel, la mort crée des richesses, 550 000 décès en France chaque année, le business de la mort a de beaux jours devant lui, au-delà de la peine de tout un chacun qui perd un proche, il s’agit au niveau national d’une activité qui se développe, crée des emplois « non-délocalisables », et malgré un taux de fidélisation nul de ses clients poursuit sa croissance malgré la longévité de la vie.

Le business de la mort par kivoiclair

Le funéraire ne connaît pas la crise

Pas plus que le chômage, ou la récession. Le salon de la Mort  en 2011 ( celui de 2012 n’a pas eu lieu) rassemble plus d’une centaine d’exposants pour une activité qui génère bon an mal an plus de  3 milliards d’euros en France.  114 exposants, 14.500 visiteurs, une presse présente,  22 conférences ayant attiré 4100 auditeurs,  visionnées sur internet par plus de 20.000 personnes, et  plus de 5 millions de références « Salon de la Mort » sur google.  Le prix d’un enterrement avoisine 4000 euros et l’achat de fleurs et d’urnes… atteint 870 millions d’euros. 3000 entreprises occupent ce marché de la mort et à partir de 2013 un diplôme national sera nécéssaire pour exercer le métier de pompes funèbres, alors qu’aujourd’hui suffit l’autorisation du préfet.

Trouver un emploi dans le funéraire

Tous les ans grâce à l’innovation et à l’amélioration des services personnalisés, des emplois naissent  dans  les domaines médicaux, économiques, juridiques, culturels et philosophiques. Le tabou sur  la fin de vie tombe peu à peu. La crémation représente plus de 30 % des décès dans un pays qui n’a que 9 crématoriums. En 2030, les crémations concerneront plus d’un décès sur deux, plus simple, plus économique ( prix moyen 550 €), la crémation séduit une population grandissante de français. L’écologie s’occupe aussi de la mort avec des cercueils et des urnes 100 % recyclables, une filière bois écocertifiée, et un projet de reforestation sans contrepartie financière. Les métiers se féminisent à part ceux de porteurs, chauffeurs et marbriers, la parité est respectée, on recrute des conseillères funéraires, des assistantes conseils, des directrices de secteur, des thanatopractrices.

http://www.pfg.fr/travailler-chez-pfg/offres-emploi/Home?p=3,
ttp://www.ogf.fr/ressources-humaines
http://www.groupe-roc-eclerc.com/emplois/
http://www.pascal-leclerc.com/offres-emplois/

Les principaux acteurs

des pompes funèbres Anubis (assistance funéraire pour les décès survenus à l’étranger),
les Pompes Funèbres Générales – Roblot
Roc-Eclerc,
les Services Funéraires de la Ville de Paris,
Le Vœu,
Funeris,
Point Funeplus,
Le Choix Funéraire,
les Pompes Funèbres Pascal Leclerc,
les Etablissements Santilly,
Hygeco (40.000 soins funéraires par an),
la société Lutèce Internationale, spécialiste du convoi funéraire et du rapatriement international.
A ce cœur de métier s’ajoutent les spécialistes des contrats obsèques et de l’assurance vie : Office National de Prévoyance Funéraire, Fape Obsèques, JPV Assurances, Garantie Obsèques et sa nouvelle entité Idr-Hommages, qui propose ses services en amont à travers la réalisation d’une œuvre de mémoire et en aval pour l’organisation de la cérémonie familiale.
D’autres acteurs participent à ce marché de la mort avec des associations comme
Aide au Veuvage (Favec),
Dialogue & Solidarité (Ocirp),
Don d’organes (Fédération des associations pour le don d’organes et de tissus humains, Adot),
les Petits Frères des Pauvres,
la Société Française d’Accompagnement et de Soins Palliatifs (SFAP),
l’ASP Fondatrice,
Vivre son deuil,
la Société Française de Thanatologie,
la Fondation Pompes Funèbres Générales,
le Groupement d’écrivains conseils (GREC) pour la rédaction des mémoires.
Sont aussi intéressés par ce marché
le Service Catholique des Funérailles,
le Conseil Supérieur du Notariat

Représentent les différents métiers du funéraire,
la Chambre Syndicale Nationale de l’Art Funéraire (CSNAF),
la Confédération des Professionnels du Funéraire (CPFM) avec  l’EFFA, son école de formation aux métiers funéraires,
la Fédération Française des Pompes Funèbres et son école de formation l’ENAMEF.

La mort inspire l’innovation

Sur le thème de la « La Mort autrement » des services personnalisés innovants existent avec une approche de la mort originale :
« En Sa Mémoire » entretient et fleurit les tombes tout au long de l’année. Embaumement Occitan-Formation tente de percer sur le marché. La psychothérapeute Gislaine Duboc organise dans  deux centres (« Le Cœur du Hérisson » en Normandie et « Le Mas des vieilles pierres » dans les Cévennes) des séminaires d’accompagnement dans le deuil. La société « Arbres de Mémoire » propose un parc de recueillement pour ceux qui ont choisi la crémation, offrant une nouvelle destination écologique et pérenne pour les cendres. « Repose in Light »  bouleverse l’art funéraire avec des monuments esthétiques alliant la création artistique à la technologie solaire utilisée notamment dans l’architecture moderne : « Heliostèle ». La société TBE-Vert réalise des stèles végétalisées, mélange de plantes sur le marbre d’une sépulture. « Photo-défunt » sur internet vend en ligne de plaques funéraires personnalisées en stratifiés, avec photo en couleur. Pour être sûr de laisser à tous ses proches un souvenir durable, vivant et personnalisé, « Movieternity » fait des des témoignages vidéo. Les personnes choisies par le défunt ont accès à la vidéo grâce à un code confidentiel via un site dédié et sécurisé.  Des créateurs font des urnes haut de gamme et uniques, « Extra Céleste »,  « gkb créations », « Alternita » et « Chevillard » (Entreprise de Patrimoine Vivant).

10 Commentaires

  1. Je viens de découvrir cet article et je le trouve intéressant de par le résumé simple et pertinent qu’il propose sur le domaine du funéraire.
    En effet, de plus en plus de produits funéraires existent et une très large gamme de plaques dans diverses matières font leur apparition.
    A la vue de l’age vieillissante de la population, le commerce du funéraire se développe mais je continue à croire en l’honnêteté des personnes travaillant dans ce domaine.

  2. Moi je préfère penser que les gens ont le libre choix (malgré la peine). Il y a des abus, mais il y a aussi des gens qui agissent avec éthique, dans cette industrie, et j’en connais. Pensons, par exemple, aux coopératives funéraires (au Québec) Est-ce que cela existe au France ?

  3. En tant que designer, j’ai eu l’occasion de développer des concepts originaux de design et de rituels entourant la cérémonie (inhumation ou crémation). Si vous êtes intéressés, ou souhaitez échanger là dessus, cliquez sur mon pseudo et contactez moi.

  4. Un an plus tard, votre article est toujours d’actualité et plus encore. Pour avoir participé au premier TEDxQuébec avec ma conférence « La mort n’est pas contagieuse, et avoir participé au Colloque « Les brisures de la vie » (en 2013) où la dernière conférencière Mme Rosette Poletti nous parlait du futur du deuil, je confirme que nous sommes entrain de vivre un saut quantique dans le domaine du deuil et de la mort. L’internet sera de plus en plus utilisé pour sensibiliser la population. Une meilleure compréhension du deuil dans les familles et les entreprises résorbera, selon moi, bien des maux. La mort et le deuil ne sont pas des maladies contagieuses mais des étapes de la vie que tout et chacun aura à vivre un jour. Pourquoi-pas les apprivoiser?

  5. Récemment, j’examinais des conventions collectives d’entreprises québécoises qui offrent des services funéraires. De manière surprenante, j’ai constaté que des personnes qui proposent le service aux familles de personnes décédées reçoivent des commissions. Donc, elles ont un intérêt à fourguer les produits et les services les plus chers, ce qui me semble aller contre l’éthique la plus élémentaire. Qu’on commercialise la mort ne me surprend pas cependant dans notre société où les valeurs morales disparaissent.

    On peut aussi se demander où se situe le rationnel de payer une fortune pour un cercueil qui va pourrir en terre. Dans les produits de qualité, la finition équivaut à celle de meubles haut de gamme. J’ai pu voir ces produits de près et j’ai été estomaqué de leur incroyable qualité. On a presque hâte de s’y coucher!

  6. Je connais bien la question pour avoir géré un crématorium – cimetière au cours de ma carrière professionnelle trés variée. La mort est devenue un marché, qui coûte de plus en plus cher à chacun de nous, tant d’un point de vue financier que moral et au niveau aussi de la santé physique ou mentale.
    La mort est un événement qui est particulièrement maltraité dans notre civilisation. Cette situation a des conséquences. Il devient difficile, faute de rites funéraires et de deuil bien compris et assimilés par toute la comunauté de pouvoir vivre son deuil et celà implique des décès plus rapides des personnes endeuillées. L’article est particulièrement éclairant la dessus, sans le faire exprés, ce qui est inquiétant : la mort est présentée comme un marché, ce qu’elle est aussi mais pas seulement. Et ce qu’elle est trop. Qu’est ce qui importe quand une personne décède ?
    1 permettre aux proches de pouvoir organiser les obséques, ce qui implique 3 sortes d’interventions :
    – administrative, avec la délivrance de l’acte de décès et de l’autrorisation d’inhumer ou de crémation (documents pas toujours faciles à obtenir)
    – banquaire, avec la possibilité d’accéder rapidement aux comptes de la personne décédée pour payer les obséques
    – commerciale avec les contacts pris aves les sociétés spécialisées pour organiser les obéques. Le service public est la plus part du temps devenu un sous-traitant de ces sociétés qui font écran entre les familles et le service public. Pourquoi cette situation ? Parce que ces services sont particulièrement dévalorisés dans les communes, et pour « simplifier les démarches des familles ». Dans les faits, l’organisation desobséques coûtent aujourd’hui, avec la libéralisation du secteur en 1991, beaucoup plus chers et les conseils donnés ne sont pas pertinents.
    2 permettre aux proches de faire leur deuil C’est la raison d’être des cérémonies funéraires et aussi, des cimetières avec identification des lieux de sépulture. Quand ce n’est pas le cas, soit parce que la cérémonie a été expédiée (celà arrive souvent – nous ne sommes pas du tout égaux sur ce point là), soit parce qu’il n’y a pas de lieu de sépulture, soit parce qu’il a été privatisé. Je vise là la question de ce que deviennent les cendres aprés une crémation : la dispertion ou pire, le fait de garder l’urne dans un endroit privé. Celà est de nature à empêcher une personne qui ne fait pas partie du cercle de ceux qui ont décidé de la dispertion ou de la « capture » de l’urne de faire leur deuil. Dans notre civilisation, il n’y a plus d’organisation sociale du deuil, à part la fête de la Toussaint. Il n’ y a plus d’habits de deuil permettant d’identifier les personnes endeuillées et de leur donner ainsi des marques de déférences. Il y a aussi l’éloignement entre les lieux de sépulture et le lieu de vie des personnes endeuillées, le manque de vie familliale, les divorces qui rendent tout particulièrement pénible le décès d’un enfant.
    3 la problématique des règles d’hygiène (emplacement des lieu de sépulture par rapport à la nappe fréatique, en particulier), pour lesquels les cimetières ont été créés. A travers ces 3 points, je crois que l’on peut percevoir les limites de notre civilisation consumériste vis à vis de la problématique de la mort. Cet élément incoutournable de notre existance met en exergue les risques et les dangers de la civilisation de la consommation et de l’individualisme jusque dans la religion.

  7. Même si ce marché est en pleine expansion il n’en demeure pas moins que la thématique est encore tabou. Le malaise d’en parler est toujours présent. « Détaboutiser » les discussions est un projet à moyen et long terme. Apprivoiser les couleurs de cette dernière étape de la vie se fait graduellement et je suis convaincue que plus on en parlera plus on pourra éviter certains maux chez les enfants, les adolescents et les adultes.

    • Bonjour,
      Je partage le point de vue de Lynne, le fait d’instaurer un dialogue avec ses proches et ses enfants permet de dédramatiser la mort, d’échanger sur les représentations, qu’est ce que cela signifie pour chacun, les croyances, les peurs, la tristesse de l’absence. Mieux connaitre ce qui est important pour celui ou celle qui part me parait essentiel pour mieux vivre le deuil pour ceux qui restent. L’occident a certes dramatisé la mort et de ce fait l’a entourée de tabous. Et si la mort était un passage ? un voyage ?

  8. Il convient d’ajouter que des personnes préparent leur passage dans l’au delà (crémation ou enterrement) et son financement (contrat obsèque …), de sorte à ne pas créer de difficultés supplémentaires pour leurs proches touchés par le deuil.

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