L’entreprise de demain sera relationnelle ou ne sera pas

Jean-Jacques Montlahuc, artiste de la relation
Jean-Jacques Montlahuc, artiste de la relation
Depuis + de 25 ans, il explore ce qui rend les organisations vivantes : la qualité du lien humain, la parole authentique, la confiance et la présence. À la croisée du théâtre, du coaching et de l’accompagnement des organisations, il développe une approche singulière qui place la relation au cœur de ce qui rend les organisations vivantes. Ancien consultant en stratégie de marque, il intègre le théâtre comme outil de transformation individuelle et collective. Auteur de Se dire la vérité en entreprise (Pearson, 2018), il crée également des formes hybrides - spectacles, théâtre-débats et lectures performées - et a fondé le Parcours Leadership & Intelligence Collective, qui a déjà accompagné près de 150 managers et dirigeants.

A lire aussi

L’entreprise de demain sera relationnelle ou ne sera pas

Pendant des décennies, nous avons organisé les entreprises autour des processus, des procédures, des indicateurs et des résultats. Nous avons appris à piloter l’activité, à mesurer la performance, à optimiser les organisations. Pourtant, dans de nombreuses organisations et entreprises, le constat est le même. Les difficultés majeures ne sont pas techniques. Elles sont relationnelles.

La qualité des relations n’est plus un facteur périphérique de la performance. Elle en devient la condition

Les projets échouent rarement faute d’intelligence. Ils échouent faute de dialogue. Les transformations échouent rarement faute de stratégie. Elles échouent faute d’adhésion. Les équipes se délitent rarement faute de compétences. Elles se délitent faute de confiance.

Le paradoxe est saisissant.

Nous n’avons jamais autant parlé de coopération, d’intelligence collective, de travail transversal, de management participatif. Et pourtant, jamais les organisations n’ont semblé aussi fragiles sur le plan relationnel. Non-dits, tensions, rivalités de territoire, conflits de posture, perte de sens, solitude managériale : ces réalités traversent aujourd’hui la plupart des entreprises.

Elles ne sont pas visibles dans les tableaux de bord, mais elles sont présentes dans les couloirs, dans les réunions, dans les silences. Elles influencent les décisions, ralentissent les projets, nourrissent parfois la méfiance et l’épuisement. Leur coût humain et économique est souvent sous-estimé alors même qu’il impacte directement la capacité des organisations à innover et à se transformer durablement. Car une organisation n’est pas seulement un système économique. C’est d’abord un système humain. Or nous continuons souvent à considérer la relation comme une compétence secondaire, comme un supplément d’âme, comme un levier, comme quelque chose qui viendrait après les vrais sujets.

C’est une erreur. La qualité des relations n’est plus un facteur périphérique de la performance. Elle en devient la condition.
Dans un monde où les technologies se diffusent à grande vitesse, où l’intelligence artificielle rend l’accès au savoir de plus en plus universel, l’avantage concurrentiel se déplace. Il ne réside plus uniquement dans ce que l’entreprise sait faire. Il réside dans sa capacité à faire travailler des êtres humains ensemble, à créer de la confiance, à permettre des désaccords féconds, à faire émerger une parole vraie, à transformer les tensions en matière de réflexion plutôt qu’en source de division.

Les entreprises qui réussiront seront celles qui sauront construire les meilleures relations

Les entreprises qui réussiront demain ne seront pas nécessairement celles qui disposeront des meilleurs outils. Les entreprises qui réussiront seront celles qui sauront construire les meilleures relations. Car la relation n’est pas une conséquence de la performance, elle en est devenue l’une des premières causes.

La question n’est donc plus de savoir si les entreprises doivent investir dans la qualité relationnelle. La question est de savoir combien de temps elles peuvent encore s’en passer. L’entreprise de demain sera technologique, bien sûr, mais elle devra être profondément relationnelle ou elle cessera progressivement d’être un lieu de coopération, d’engagement et de création de valeur.

L’entreprise de demain sera relationnelle ou ne sera pas.

Derniers articles