IA en France : l’urgence de passer du « bricolage » à l’infrastructure

Francis Lelong, CEO d'Alegria.group et co-fondateur de Sarenza
Francis Lelong, CEO d'Alegria.group et co-fondateur de Sarenzahttp://www.alegria.group
Entrepreneur de la French Tech avec + de 30 ans d’expérience dans l’économie numérique, co-fondateur de Sarenza en 2003, il a marqué l’histoire du e-commerce français avant de lancer en 2020 Alegria.group, aujourd'hui leader européen des technologies Nocode et de l'IA générative. Expert des ruptures technologiques, il dirige une équipe de 50 experts (Makers) et s'appuie sur les données du Baromètre Alegria pour conseiller les dirigeants sur le passage d'une IA "bricolage" à une véritable infrastructure métier souveraine. Contributeur régulier pour la presse économique, il plaide pour une IA au service du génie humain, encadrée par une gouvernance stricte et une protection rigoureuse de l'identité numérique.

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IA en France : l’urgence de passer du « bricolage » à l’infrastructure

L’ère de l’IA généraliste est terminée. Pendant que les grands groupes mondiaux restructurent leurs outils à marche forcée, la majorité des entreprises françaises s’obstinent dans l’expérimentation dispersée. Ce décalage n’est plus un simple retard technologique, c’est une menace existentielle pour leur compétitivité. La bataille ne se joue plus sur le modèle le plus puissant mais sur la capacité à intégrer l’IA au cœur des métiers, structurellement et  industriellement dès maintenant.

Le piège du Shadow IA et l’érosion de la valeur

Des collaborateurs utilisent ChatGPT ou Claude dans leur coin, sans cadre, sans méthode, sans mémoire collective. On appelle ça de l’agilité alors que c’est de la désorganisation institutionnalisée. Quand un talent quitte l’entreprise, il emporte ses prompts, ses automatisations et son historique. L’organisation repart de zéro, rien n’a été capitalisé et n’a construit aucun avantage compétitif durable.

Ce shadow IA généralisé a un autre effet dangereux : il rend tout pilotage impossible. On ne peut pas mesurer ce qu’on ne contrôle pas, on ne peut pas sécuriser ce qu’on ne voit pas et on ne peut pas construire une stratégie sur des outils que personne ne possède vraiment. Sans intégration structurée, personne ne sait ce qui sort de l’entreprise. Les données opérationnelles les plus sensibles et les plus stratégiques circulent sur des serveurs tiers sans aucun contrôle. Les entreprises qui ont laissé faire au nom de l’agilité sont en train de brader leur actif le plus précieux sans même s’en rendre compte.

La fin du modèle généraliste et l’avènement de la verticale

Le 5 mai dernier, Anthropic a envoyé un signal que beaucoup ont manqué. Dix agents IA entièrement spécialisés pour les services financiers, connectés directement aux écosystèmes de données de Moody’s. Ce n’est pas une mise à jour mais l’enterrement du modèle généraliste et la confirmation que la bataille de l’IA ne se joue plus dans des laboratoires mais dans les opérations du quotidien. La valeur ne réside plus dans le modèle mais dans les usages, la conformité sectorielle et l’intégration aux outils existants. Les éditeurs de logiciels et les entreprises de services ont le choix : intégrer leur expertise métier dans l’IA maintenant ou devenir la matière première des plateformes globales qui, elles, ne laisseront rien à personne.

Le dirigeant doit reprendre la main stratégique

Le rôle du dirigeant n’est plus de tester des outils mais de construire une architecture capable de faire tourner des agents autonomes sur des tâches complexes, du back-office à la relation client. L’IA doit cesser d’être un gadget individuel pour devenir une infrastructure d’entreprise à part entière. Les entreprises qui gardent la main sont celles qui savent combiner les modèles selon les usages, propriétaires ou open source, et qui construisent au-dessus une couche d’intelligence propre à leur métier. C’est ce capital là, et non le modèle sous-jacent, qui sera impossible à copier. L’IA n’est plus un sujet de veille technologique mais un sujet de survie compétitive. Les entreprises qui n’auront pas construit cette infrastructure dans les dix-huit prochains mois ne rattraperont pas celles qui l’auront fait.

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