Les décideurs ne sont pas assez sensibilisés à l’accessibilité numérique
Bientôt un an après l’entrée en vigueur de l’European Accessibility Act, directive européenne obligeant les entreprises à rendre leurs sites accessibles, la majorité des sites européens ne sont toujours pas conformes. Plus de 9 sites sur 10 présentaient au moins une faille d’accessibilité. Et si les entreprises manquent cruellement d’accessibilité, ce n’est pas par manque de bonne volonté, mais parce que les décideurs ne sont tout simplement pas assez informés.
Des réglementations encore trop peu connues
Bien que les législations se succèdent – d’abord le RGAA, qui concernait les services publics et les entreprises françaises de plus de 250 millions de chiffre d’affaires, puis l’EAA depuis l’an dernier, qui s’applique aux entreprises européennes proposant des services, comptant plus de 10 employés et 2 millions de chiffre d’affaires – les sites web restent encore très rarement accessibles. En cause : une réelle méconnaissance des réglementations et de leurs enjeux.
Cette méconnaissance devient d’autant plus problématique que les sanctions sont désormais bien réelles. Les autorités nationales peuvent désormais imposer des astreintes financières, voire prononcer des amendes significatives en cas de manquement. Au-delà du risque économique, une entreprise non conforme s’expose aussi à un préjudice d’image et à une perte de confiance de la part de ses clients et partenaires. L’accessibilité n’est donc plus un simple sujet de conformité mais bien un enjeu de gouvernance.
Des cursus encore trop peu sensibilisés
L’affaire n’est pas seulement réglementaire. Et ici se trouve peut-être l’un des nœuds principaux de l’histoire : l’accessibilité numérique et ses obligations restent trop encore trop peu enseignées dans les formations liées au digital, au marketing ou au design. Les équipes chargées de la conception de sites web n’ont donc pas le réflexe d’intégrer l’accessibilité dès la conception.
Un problème dans la mesure où l’accessibilité numérique se traite plus difficilement en fin de projet. Elle influence les choix de design, la structure des contenus, les développements techniques, les tests et même la stratégie éditoriale. Lorsqu’elle n’est pas prise en compte dès la conception, les corrections deviennent plus complexes, plus coûteuses et plus longues à déployer. À l’inverse, une équipe formée conçoit des interfaces plus robustes, plus inclusives et souvent plus performantes pour l’ensemble des utilisateurs.
L’accessibilité numérique : un angle mort organisationnel
Là où d’autres réglementations, comme le RGPD, ont entraîné la création de postes dédiés dans les entreprises, rares sont celles qui comptent un référent accessibilité. Pourtant, c’est précisément ce type de profil qui permet de faire le lien entre les contraintes légales, les équipes techniques et les décisions stratégiques. Aujourd’hui, le sujet reste confus : les équipes techniques supposent qu’il relève du design, les équipes design le considèrent comme une contrainte de développement, et la direction le traite uniquement sous l’angle réglementaire. Conséquence : personne n’en porte réellement la responsabilité.
À cela s’ajoute la fragmentation des équipes, parfois réparties sur plusieurs pays, qui transforme la conception d’un site en un processus long et compliqué dont l’accessibilité ne répond pas aux mêmes règles selon la localisation. Dans ce contexte, l’accessibilité est souvent la première exigence sacrifiée ou reléguée au second plan.
Se structurer en 3 temps : place à l’action !
Mais plus que la sensibilisation, l’heure est à l’action. La première consiste à former les décideurs et spécialistes pour comprendre que l’accessibilité n’est pas une affaire de RSE : elle améliore aussi le référencement naturel (et donc la performance digitale) et l’expérience utilisateur tout en réduisant les abandons de parcours d’achat. La deuxième est d’intégrer l’accessibilité dans les processus de conception. C’est un choix rationnel : l’accessibilité ne représente pas un Everest financier mais corriger un site devient rapidement beaucoup plus coûteux. Enfin, la troisième consiste à désigner un référent interne chargé de coordonner les actions, de suivre les obligations réglementaires et de diffuser les bonnes pratiques.
Au-delà dette structuration interne, c’est tout un écosystème qui est à revoir. Ainsi, le choix des partenaires technologiques externes interpelle. Solutions de paiement, plateformes e-commerce, outils de recherche, widgets de chat ou modules de personnalisation : chacun de ces composants peut introduire des barrières d’accessibilité et compromettre les efforts réalisés en interne. Il est donc essentiel d’intégrer des critères d’accessibilité dès la sélection des prestataires, au même titre que la sécurité, la performance ou la conformité RGPD. À défaut, les entreprises prennent le risque de s’engager dans des contrats de plusieurs années avec des fournisseurs incapables de faire évoluer leurs solutions, rendant la mise en conformité plus complexe, plus lente et plus coûteuse.

