Quelles vont être les conséquences pour les étrangers qui travaillent en Suisse de l’adoption le 9 février du référendum demandant la “fin de l’immigration de masse” ? Auteur du livre “Travailler et vivre en Suisse”*, dont la 4ème édition vient d’être publiée, David Talerman répond en exclusivité pour Cadre Dirigeant Magazine de façon très concrète à cette question.

3 ans pour adopter la loi

Le texte présenté à l’initiative du parti populiste conservateur UDC et adopté par 50,3% des Suisses prévoit un contrôle de l’immigration en réintroduisant notamment de manière continue des quotas de permis de travail pour les résidents comme pour les frontaliers, explique David Talerman. Il prévoit également le retour de la préférence nationale : les employeurs suisses auront, avant tout recrutement d’un étranger, l’obligation de recruter de préférence un travailleur local.

Le Conseil fédéral va devoir proposer un projet pour l’exécution de cette loi au Parlement dans un délai maximum de 3 ans, incluant la négociation des accords bilatéraux avec l’Union européenne. Or sur ce point, les discussions risquent d’être compliquées : le référendum adopté met fin à la libre circulation au sein de l’UE et à tous les autres accords conclus avec UE par un effet guillotine. Des volets très importants comme le commerce ou la recherche vont être remis en cause. Concrètement, tant que la nouvelle loi n’est pas en place, ce sont les accords bilatéraux et la libre circulation des personnes qui s’appliquent, comme avant.

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Faire confiance au pragmatisme des Suisses

“Il faut faire confiance au pragmatisme des Suisses, souligne David Talerman. Ce texte va certes contraindre les employeurs avec le système de préférence nationale (avant 2002 les entreprises suisses devaient prouver qu’elles avaient cherché sans succès pendant 6 mois un candidat suisse avant de pouvoir avoir recours à un étranger). Mais il ne faut pas oublier que les entreprises suisses ont aujourd’hui d’énormes problèmes de recrutement : il manque par exemple 15 000 ingénieurs en Suisse. De fait, tous les métiers à forte qualification ne seront pas touchés”, estime David Talerman. Il y aura simplement un allongement des délais pour obtenir un permis de travail.

En outre, le texte reste très général, ce qui laisse la place à des adaptations. Les quotas seront-ils déterminés par secteur d’activité ou par canton ? Dans cette dernière hypothèse, il est intéressant de constater que “les cantons principalement concernés par l’immigration et le travail des frontaliers (Genève, Zurich, Bâle, Beuchâtel et Vaud pour ne citer que ces cantons) ont tous rejeté le texte de l’UDC, à l’exception du Tessin qui lui l’a accepté très majoritairement”, note David Talerman. Pour ce dernier, l’adoption de ce texte ne signifie pas un rejet de l’étranger : il correspond à un ras-le-bol exprimé par une partie de la population face à deux problèmes : la flambée des prix de l’immobilier et l’inadéquation des transports publics face à des besoins grandissants. “Mais tous les Suisses savent aussi que leur croissance économique est due en grande partie aux flux avec l’Europe”, conclut-il.

* Travailler et vivre en Suisse, guide pratique pour les résidents et frontaliers, David Talerman, Vitrac Editeur.

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Sophie Lhameen
Sophie Lhameen, journaliste multimédia (web et print), a travaillé pendant 15 ans comme journaliste spécialisée sur l'Afrique avant de devenir en 2008, rédactrice en chef adjointe du magazine Le MOCI (Moniteur du commerce international) jusqu'en janvier 2013. Ses centres d'intérêt : l'entreprise, le management, les ressources humaines, l'emploi, l'économie, l'intelligence économique et de l'international. Google+