Série d’été “Les grands dirigeants du sport” 2/14

Tout le monde connaît la course automobile Paris-Dakar, créée en 1978 par Thierry Sabine avec ses images de désert, ses stars du show-business et du sport venues rechercher des sensations fortes, et ses controverses. Elle reste indissociable de son organisateur, qui a su mettre en place une couverture médiatique inédite de cette épreuve et garantir ainsi son succès. Elle a d’ailleurs eu du mal à lui survivre après son décès dans un accident d’hélicoptère en janvier 1986 avec le chanteur Daniel Balavoine. Portrait extrait du livre* “Les grands dirigeants du sport” rédigé sous la direction d’Emmanuel Bayle.

L’attaché de presse du groupe “Il était une fois”

Né en 1949 à Neuilly-sur-Seine, Thierry Sabine partage son temps entre Paris, où son père Gilbert Sabine est dentiste installé dans la capitale, et les week-ends au Touquet où ses parents possèdent une résidence secondaire. Son goût pour le sport s’exprime à travers l’équitation (il devient un cavalier émérite) et les pratiques motocyclistes et automobiles. Formé à l’EFAP (Ecole de formation des attachés de presse), il est déjà remarqué pour son charisme. Il commence sa carrière professionnelle auprès du groupe de musique “Il était une fois” en pleine ascension au début des années 1970. Cela lui permet de se forger un réseau de connaissances dans le show-bizz qu’il saura utiliser par la suite.

Fondateur de l’Enduro du Touquet

Devenu attaché de presse à la mairie du Touquet-Paris plage, le jeune homme monte, avec l’appui du maire de l’époque, Léonce Deprez, le projet d’une course en ligne de motos sur la plage. La première édition de l’Enduro du Touquet a lieu le 16 février 1975 à une période peu touristique, dans l’idée d’animer la station balnéaire peu fréquentée à cette époque. Ce sera un succès immédiat : à grand renfort de publicité et de communications relayées par les médias de l’époque, Thierry Sabine parvient à réunir professionnels du trial et anonymes et passionnés de moto-cross dans une seule et même épreuve.

L’organisateur charismatique du Paris-Dakar

Lorsque Thierry Sabine lance en 1978 son premier “Paris-Dakar”, le cadre d’évolution et le concept ont déjà été testés. Ce qu’il sait apporter en plus, c’est la médiatisation de cette épreuve. Dès la première édition, le Paris-Dakar est retransmis chaque soir sur RTL dans l’émission de Max Meynier “Les routiers sont sympas” avec des témoignages à chaud des concurrents. Jean-Pierre Chapel, cofondateur et coproducteur de l’émission Auto-Moto sur TF1 installe aussi la course à la télévision par le biais de son émission, de ses reportages en direct, et participe aux premières éditions comme pilote camion, puis auto. Comme dans l’Enduro du Touquet, la clé du Paris-Dakar se situe dans cette cohabitation souhaitée de pilotes amateurs en quête d’aventure moderne et de professionnels entraînés et supportés par des marques et usines.

Ce qui plaît et attire, c’est la symbolique de l’aventurier défiant les grands espaces hostiles, les territoires pratiquement vierges. L’image de Thierry Sabine dans sa combinaison blanche, la tête protégée par un chèche blanc immaculé, attribut local, ajoute à la très forte médiatisation du personnage. Thierry Sabine transforme aussi rapidement le Paris-Dakar en “rallye-people” avec des stars du show-business venues chercher des sensations fortes. Pour répondre aux critiques sur la débauche de moyens de la part de nantis sponsorisés sur un territoire frappé de pauvreté, Thierry Sabine opte, à partir de 1985, pour la mise en oeuvre d’actions humanitaires à destination des pays traversés. Il s’entoure pour cela de personnages charismatiques comme Daniel Balavoine. C’est lors d’un voyage en hélicoptère que Thierry Sabine et Daniel Balavoine périssent le 14 janvier 1986.

* Pour lire l’ensemble du portrait de Thierry Sabine : * Les grands dirigeants du sport – 23 portraits et stratégies de management. Sous la direction de Emmanuel Bayle. Editions De Boeck.
Portrait rédigé par Frédéric Dutheil et Jean-Marc Lemonnier de Normandie Université.



Article précédentOn ne prête qu’aux riches
Article suivantL’Asie, maître du monde…
Sophie Lhameen
Sophie Lhameen, journaliste multimédia (web et print), a travaillé pendant 15 ans comme journaliste spécialisée sur l'Afrique avant de devenir en 2008, rédactrice en chef adjointe du magazine Le MOCI (Moniteur du commerce international) jusqu'en janvier 2013. Ses centres d'intérêt : l'entreprise, le management, les ressources humaines, l'emploi, l'économie, l'intelligence économique et de l'international. Google+