Publicité
Publicité

Comment sortir du placard

La mise au placard d’un cadre lui retire tout travail et/ou détériore ses conditions de travail, en le mettant à l’écart de ses collègues. Avis d’un expert pour en sortir.

Insupportable  placardisation

Brutale ou sournoise, jamais comprise, encore moins admise, la mise au placard vous guette comme tout cadre, à tout moment de votre parcours professionnel, quel que soit votre niveau de hiérarchie ou d’ancienneté. Vous l’apprenez, quand vous vous y attendez le moins : un collaborateur zélé, la bouche en cœur, vient s’enquérir de votre devenir ou s’émouvoir de ne plus avoir à travailler ensemble ; ou votre hiérarchie vous propose soudain une mission mal définie, précaire,  généralement quelques mois… « pour la suite on verra plus tard », sans rapport avec le poste qui est le vôtre, le tout teinté d’une menace sourde du style : c’est à prendre ou à laisser !

PUBLICITE

Que faire alors ? Accepter ? Mais accepter quoi ? Pour aller où et jusqu’à quand ? Refuser ? Mais quelles conséquences ? … On préfère ne même pas l’imaginer. Trop de questions ouvre une période de mal-être où s’entrechoquent colère, incompréhension, désarroi, culpabilité, inquiétude et dépit.

PUBLICITE

Prévoir sa placardisation

Certaines conjonctures doivent vous tenir en alerte : la réorganisation de l’entreprise,  le regroupement ou le rachat, les départs du « staff » dirigeant, la restructuration,  mais aussi votre ancienneté dans l’entreprise, votre âge qui ne sont pas toujours des atouts… autant de menaces qui laissent planer le spectre de la « placardisation ». Ces situations douloureuses et cruelles peuvent devenir aussi de réelles opportunités à condition, le premier choc passé, de ne pas se laisser gagner par le pessimisme et surtout la déprime… Un parcours professionnel sans fautes doit déculpabiliser : permettre de « reprendre la main » pour éviter de subir les évènements.

Profiter de la placardisation

La Cour de Cassation l’a maintes fois jugé : une modification unilatérale du contrat de travail par l’employeur peut justifier une demande de résiliation dudit contrat à ses torts exclusifs. La baisse de responsabilité ou mise au placard font partie de ces modifications inacceptables. Si vous sentez qu’il n’y a plus d’issue, que la rupture est inéluctable, alors il ne faut pas hésiter à la provoquer. Vous comprendrez avec l’aide d’un professionnel qui a le recul et l’expérience pour en juger comment exploiter une telle situation. La mise au placard n’est pas forcément la conséquence d’une faute, à vous d’appréhender cette difficulté et d’en faire une force, voire une opportunité professionnelle.

Gratuit : recevez les Newsletters

Olivier d'Ardalhon de Miramon, Toulouse

Olivier d’Ardalhon de Miramon, Toulouse

10 réactions

  1. Pierre

    5 mars 2014 à 23 h 28 min

    C’est là ma première contribution et je me permets d’intervenir car le sujet m’intéresse tant à titre professionnel qu’à titre personnel. La lecture de vos différentes contributions est très intéressante et m’amène cette réflexion. Pourquoi vouloir quasi systématiquement, je pense aux cadres en particulier, vouloir prendre sur soi une telle situation de souffrance au travail ? Certes, l’image que nous pouvons avoir de nous même et l’idée que nous nous faisons du « cadre » sont telles que d’envisager d’avoir recours à un « secours extérieur », c’est prendre le risque de descendre encore plus bas et surtout de montrer aux « autres » que nous ne sommes pas aussi résistants que ce que nous aurions pu imaginer. J’arrête là ce développement « psy », n’étant pas psychologue du travail et encore moins psycho-sociologue. Pourtant je ne pense pas être trop éloigné de la réalité. En revanche, dans ce genre de situation, outre la souffrance indéniable provoquée, la dégradation des conditions de travail est manifeste et entre dans le périmètre de la quatrième partie du code du travail relative à la Santé et Sécurité au Travail. Ceci est valable tant dans le privé que dans le public. Sans vouloir céder à un effet de mode, il est question de risques psycho-sociaux, un certain nombre de dispositifs existent dans toutes les entreprises, des instances de représentation du personnel (CHSCT, CCHPA, Groupe pluridisciplinaire, médecine de prévention, inspection du travail, etc.) qui sont autant d’outils mis à la disposition du salarié (cadre y compris) en souffrance. Il ne faut pas se priver d’y avoir recours. Cette démarche est positive autant pour l’intéressé que pour ceux qui sont restés silencieux jusqu’alors, se pensant seuls. Bien sûr, chacun réagit à sa manière certains parvenant même à en faire un élément de motivation pour « rebondir », mais personne n’en sort indemne. D’autres n’auront peut être pas les ressources pour en ressortir grandis et quelquefois cela peut même se terminer tragiquement. Le dialogue entre cadres, entre responsables, y compris de haut niveau, est fondamental et en définitive la clé de l’épanouissement de tous. De fait, un mieux aussi pour l’entreprise sur le long terme. Pardonnez le cynisme de cette dernière remarque, pour autant, l’objectif est bien de parvenir au subtil équilibre qui permet à des salariés épanouis de donner leur « maximum » à la société qui les emploie. Les récentes « affaires » qui émaillent l’actualité sont significatives de cette nécessaire évolution des mentalités et des comportements, les cadres doivent aujourd’hui se persuader d’une chose : ils ne sont pas seuls !

    • @GDépetasse

      6 mars 2014 à 11 h 18 min

      Bonjour Pierre. De mon point de vue, et en m’appuyant sur les éléments dont j’ai pu avoir connaissance, je souhaite répondre à votre message pour en discuter. Je ne suis pas sûr que l’on prenne vraiment « sur soi » dans une telle situation. Ce qu’il faut voir, c’est que dans la mise au placard, on cherche à faire partir le salarié par démission plutôt que de le licencier, pour des questions de coût par exemple. Dans cette démarche de placardisation, on isole le salarié : on l’éloigne de l’équipe à laquelle il appartenait (on le change de bureau), on lui retire ses moyens de communication (on lui donne un ordinateur qui ne marche pas par exemple); on agit sur son travail : on ne lui confie plus de mission (il passe la journée à attendre) ou on lui donne des tâches rébarbatives (rechercher dans les archives des documents qui ne seront au final pas utilisés) ou des tâches qui vont amener mettre en doute ses compétences (des tâches ou l’on ne peut qu’échouer) ou son relationnel (des tâches de surveillance comme l’usage de la photocopieuse).
      Il est de ce fait difficile de se tourner vers les autres du fait de l’éloignement ou du fait que l’on a moins de travail qu’eux qui va impliquer des comparaisons et des jugements (exemple : « je suis chargé de boulot, il n’a rien a faire, et il vient encore se plaindre »).. D’autre part, les risques psychosociaux, bien que sujet d’actualité, ne sont pas toujours faciles à mettre en évidence, d’autant plus que la placardisation est une forme de harcèlement qu’il est difficile de démontrer bien que la législation et la jurisprudence soient de plus en plus aidant sur le sujet. Aussi, dans ce contexte, c’est éprouvant à vivre et avec l’objectif recherché, le dialogue semble compromis, comme on le voit dans l’article, il est difficile d’obtenir des explication sur la situation qui impliquerait de reconnaître la placardisation…

      • Pierre

        6 mars 2014 à 20 h 38 min

        Bonjour, Je comprends tout à fait votre inquiétude et mon propos n’avait absolument vocation à généraliser. Je n’ai aucune légitimité sur le sujet, pourtant je pense tout de même que les cadres sont formés, éduqués et en quelque sorte…formatés. Plus ce type de situation perdure et plus les conséquences sont désastreuses pour le principal intéressé. Sans parler des dommages collatéraux (familles, amis, relations professionnelles, condition de travail, etc.). Ma rèflexion se voulait simplement un peu pédagogique et qui sait, incitative. Plus prosaïquement je résumerais cela en disant que le silence est dévastateur. Autant celui de la personne « placardisée » que celui de son entourage professionnel. Le dialogue reste le meilleur moyen, certes difficile, mais des interlocuteurs existent et cela fait partie de leurs prérogatives (médecin de prévention, ISST, inspecteur du travail). La souffrance est détectable, les employeurs ont d’ailleurs une obligation de résultat en terme de Santé et sécurité au travail. A ce titre ils sont tenus de former et d’informer leurs salariés, simplement se conformer au Code du travail. Bien entendu je ne suis pas naïf au point d’imaginer un monde du travail réellement « Lean » (en particulier quand on sait à quel point ce concept est dévoyé de nos jours) Néanmoins je pense qu’une information éclairée des salariés (et les cadres en font partie) leur permettant de savoir quels « outils » sont à leur disposition pour leur permettre de travailler dans de bonnes conditions est une des clés de la relation de confiance qui doit être instaurée entre employeur et employé. Rome ne s’est pas fait en un jour, il faut être motivé, patient, obstiné parfois mais notre équilibre est, je crois, à ce prix. Merci pour cette réaction et pour cette conversation que j’apprécie et trouve très constructive.

      • @GDépetasse

        6 mars 2014 à 23 h 09 min

        Nous sommes d’accord sur ce fait, le silence est dévastateur. Et effet, les interlocuteurs de prévention sont là pour écouter et leur mission de veille vise entre autre à identifier de telles situations. L’information des salariés est un important levier en matière de prévention. Enfin, je compléterais brièvement en précisant que malheureusement les cadres ne sont pas les seuls touchés, les autres salariés aussi.. Nos opinions se recoupent donc sur plusieurs points, je vous remercie pour cet échange.

  2. @GDépetasse

    5 mars 2014 à 14 h 24 min

    Pas très joyeux cet article… Pas que la placardisation le soit, il est vrai, mais il me semble que, plutôt que juste faire le constat légèrement alarmant de l’existence de ce type de situation, il aurait pu être plus intéressant de donner des conseils sur comment en sortir, que faire, quels sont les droits, que dit la jurisprudence ?… et de s’intéresser aux solutions comme faire appel aux représentants du personnels ou aux délégués syndicaux, ne pas accepter la rupture conventionnelle, et surtout ne pas se laisser isoler car l’isolement et l’ennui sont le but de la manœuvre afin que le salarié parte… (ce qui peut également le pousser jusque dans la dépression…). Placardisés, accrochez-vous et parlez-en !

  3. Cellier

    5 mars 2014 à 11 h 12 min

    Cette situation existe aussi au sein des forces armées : j’en ai été la victime malgré ma position unique et indispensable au sein d’un régiment. Bien que bardé de diplômes et étant le seul conseiller technique de ma branche auprès du chef, cela n’a pas empêché ma « placardisation » par le commandement. Je trouve donc très intéressant cet article et surtout utile pour mes camarades militaires qui se trouvent dans ce cas là. Et il sont très nombreux.

  4. Laurent Bourdin

    26 février 2014 à 22 h 39 min

    Je suis surpris de cet article à plusieurs titres. Nous sommes ici pour aider nos camarades dans leur démarche de reconversion. Certain d’entre eux nous font part de leurs inquiétudes à passer du militaire vers le civil, ce milieu hostile (!), si, en plus, des articles leur expliquent qu’il existe des placards dans les entreprises privées, et que c’est tellement courant que cela vaut un article expliquant comment s’en sortir, je ne suis pas sûr que de tels conseils contribuent à les rassurer. En revanche, mais c’est un autre (vaste) sujet, je sais qu’il existe des harceleurs et harceleuses dont l’objectif est de faire craquer et démissionner la victime. A mon avis, plus rassurant pour eux est de savoir que le « placard » est un fantasme. Il y a très peu de sociétés qui ont les moyens de rémunérer un cadre (80 k€/ 100 k€ en coût patronal?) au lieu de le licencier directement. Peut-être quelques grandes entreprises publiques ou ex-publiques… Un placard est au plus temporaire, le temps que le responsable RH et le hiérarchique constituent un « dossier » sur leur victime. Ce dossier ayant pour objet de diminuer l’éventuelle indemnité de préjudice lors du licenciement qui s’annonce. La deuxième bonne nouvelle pour nos camarades en reconversion, c’est que si l’on est au « placard » c’est que l’on a un contrat de travail. Et qu’il vaut toujours mieux avoir un emploi lorsque l’on en cherche un nouveau, c’est moins suspect que le chômage de longue durée. La troisième bonne nouvelle, c’est que je visite les placards des entreprises depuis une vingtaine d’années, je n’y ai trouvé que des cadavres: projet foirés, études inexploitables ou inexploitées, vieux matériels informatique… Jamais de vivants… Temporaire, le placard, qu’ils disaient, temporaire…La quatrième bonne nouvelle, c’est que les entreprises françaises ont distribué 50,5 milliards d’Euros de dividendes. Dans le monde, c’est 1000 milliards… donc la crise est finie? Donc il va y avoir des jobs… Bonne journée et bonne chasse aux opportunités.

  5. Maurin

    26 février 2014 à 21 h 16 min

    Il faut avoir vécu cette mise au placard pour savoir ce qu’elle provoque de si profond et parfois durable en soi. Effectivement une seule issue apparait, faire de ce mal un bien : du coup je me suis inscrite en thèse pour approfondir une question liée à cette situation et cette étude m’apporte énormément. Quant à l’organisation dans laquelle a eu lieu ce phénomène (placard doré!!), elle continue de faire vivre à ses salariés ce genre de méfait… Perversité? Lâcheté ? Autre ? N’y pouvant plus rien sauf à témoigner, j’ai choisi d’en grandir plutôt que de ne plus exister.

  6. Raphael Beziz

    26 février 2014 à 18 h 15 min

    Autre solution à l’heure où les entreprises gèlent leur recrutement : se mettre à son compte ! Mais comment se faire connaître quand on n’a pas l’habitude (ou qu’on n’aime pas) « se vendre » ? Petite réflexion sur le sujet… Le recours au conseil reste aujourd’hui principalement limité au top management des grands groupes, en raison notamment de son coût. Pour autant, les start-ups et les TPE/PME ont des besoins importants d’accompagnement auxquels les offres traditionnelles ne répondent pas toujours. De nouvelles plateformes de mise en relation permettent d’accéder à de l’expertise à la demande sur des thématiques de niche avec un système de tarification à la minute, à l’heure ou à la journée. Dans ce domaine, on peut observer une commoditisation de certaines prestations intellectuelles : développement de site web, web marketing, design, SEO, rédaction d’articles,… ou alors open innovation (concours à idées…). Il est en revanche plus difficile de trouver de bons conseils pour répondre aux problématiques business quotidiennes du patrons d’entreprise : comment comprendre son marché ? Quelle stratégie de croissance ? Quelle stratégie digitale ? Comment se développer à l’international ? Comment améliorer ses performances commerciales ? Comment optimiser ses process ? Réduire ses coûts ? innover … ? Nous venons de lancer un nouveau concept qui tente d’apporter une solution originale à cette problématique avec la communauté YouMeO (www.youmeo.fr). N’hésitez pas à y faire un tour pour en savoir plus !

  7. Eric Lamirande

    24 février 2014 à 15 h 19 min

    En complément, pour le Québec, il faut aussi porter une attention particulière à la notion de congédiement déguisé. Voir: http://www.avocat.qc.ca/affaires/iicongediementdeguise.htm et http://www.cnt.gouv.qc.ca/en-cas-de/congediement-sans-cause-juste-et-suffisante/

Réagissez à cet article

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

0
0
0

Abonnez-vous GRATUITEMENT aux digests du magazine.
[Modifiez à tout moment la fréquence de réception ou annulation ]

x